Le Lézard
Classé dans : Les affaires, Santé
Sujet : Plaidoyer (politique)

Les commissaires des États généraux de la profession infirmière présentent 31?recommandations pour améliorer l'attractivité de la profession et la rétention des infirmières et des infirmiers dans le réseau de la santé.


Leur objectif : agir pour en finir avec un contexte hostile au déploiement de l'expertise infirmière en vue d'offrir des soins de santé à la hauteur des besoins des Québécois

MONTRÉAL, le 16 sept. 2021 /CNW Telbec/ - Les commissaires des États généraux de la profession infirmière 2021 publient aujourd'hui leur rapport qui offre au ministre de la Santé et des Services sociaux et aux intervenants de la profession un état des lieux éclairant, voire un plan d'action concret, en soumettant 31?recommandations rédigées à la suite d'un processus rigoureux de consultation qui a rassemblé plus de 1200 infirmières et infirmiers et interpellé toutes les parties prenantes de la profession. Alors que le Québec fait face à une conjoncture sans précédent entourant la pratique de la profession infirmière, une situation exacerbée par la pandémie, il est urgent d'agir pour garantir à la population du Québec les soins auxquels elle a droit. 

Dirigés par Francine Ducharme, professeure honoraire à la Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal, chercheure et doyenne de cette Faculté entre 2015 et 2020, et par Robert Salois, ancien Commissaire à la santé et au bien-être au gouvernement du Québec (2006-2016), les États généraux de la profession infirmière sont le fruit d'une démarche qui rallie l'ensemble de la communauté infirmière.

Cet exercice comportait des groupes de discussions et sondages, un forum virtuel sur la reconnaissance de l'expertise infirmière, des consultations, des audiences publiques et des États généraux. En plus d'être basées sur l'ensemble de ces consultations, les recommandations s'appuient sur des données probantes.

Un urgent besoin de changement pour la profession infirmière
« L'exercice démontre que le statu quo n'est tout simplement pas possible et que des changements de fond sont requis pour assurer la qualité des soins, la santé de la population québécoise et l'avenir du système, a déclaré la commissaire Francine Ducharme. La réalité et les besoins en santé de la population ne sont plus les mêmes et on doit plus que jamais reconnaître l'expertise infirmière et la prendre réellement en compte dans l'organisation des soins », a-t-elle poursuivi, ajoutant qu'environ 1 000 infirmières et infirmiers sont passés du public vers le privé dans la dernière année, soit 300 de plus qu'au cours des années précédentes[1] .

Il est possible de mieux recourir aux compétences infirmières pour mieux soigner la population, à condition que les cinq principes suivants soient respectés[2] :

Revoir le contexte de la pratique
Les conditions de travail des infirmières et infirmiers, particulièrement le temps supplémentaire obligatoire et les longs quarts de travail, doivent bien sûr être changées pour leur assurer une qualité de vie qui rend la profession attrayante. Mais d'autres facteurs ont une incidence majeure sur la perception du travail et sur l'organisation optimale des soins. Ainsi, les commissaires recommandent d'impliquer davantage les infirmières et infirmiers dans la gestion des soins, et ce, à différents niveaux hiérarchiques dans l'ensemble du système de santé.

Si une forte majorité (93 %) de Québécois font confiance aux infirmières et aux infirmiers, la crise sanitaire a mis en lumière la méconnaissance des décideurs et des gestionnaires du système de santé à l'égard de l'expertise infirmière et sa sous-utilisation. Selon un sondage réalisé auprès d'infirmières et infirmiers, bien que pour 96 % d'entre eux la pandémie ait amené une réorganisation des soins et des pratiques dans leur milieu de travail, 54 % estimaient avoir eu peu ou pas du tout d'influence sur les soins, leur coordination et leur organisation. [3] Le fait d'avoir pu compter sur des gestionnaires ayant une formation en soins infirmiers aurait permis d'agir en amont plutôt qu'en urgence en CHSLD pendant la pandémie.

Prendre le rôle et les responsabilités qui leur reviennent
Le cadre législatif québécois confèrent 17 activités réservées à la profession infirmière[4] , ce qui en fait l'un des plus vastes champs d'exercice du secteur de la santé et des services sociaux avec celui des médecins.

« L'exercice a clairement démontré que les compétences et les savoirs des infirmières et infirmiers ne sont pas utilisés à leur plein potentiel, a indiqué Francine Ducharme. Concrètement, cela signifie que ceux-ci continuent d'effectuer des soins de nature procédurale qui pourraient être accomplis par d'autres membres de l'équipe de soins. C'est alors tout le sens donné à leur travail qui s'en trouve affecté. Si les infirmières et infirmiers faisaient réellement ce qu'ils sont autorisés à faire et délaissaient les actes pouvant être faits par d'autres, le problème de la pénurie pourrait se résorber », a-t-elle ajouté, mentionnant que le Québec compte plus d'infirmières et d'infirmiers par cent mille habitants que le reste du Canada 

Les commissaires recommandent donc de mettre en place sans délai des normes et directives nationales qui rendront effective rapidement l'occupation de tout le champ de pratique infirmier. D'autre part, ils recommandent de développer des domaines de spécialisation en soins infirmiers, à l'image des autres provinces, qui reflètent les besoins de la population afin de pouvoir recourir à une expertise de pointe et organiser les soins adéquatement. Parmi les nouvelles spécialisations mentionnées par les participants, on retrouve par exemple les soins infirmiers auprès des personnes âgées, en oncologie, en santé mentale, en soins des plaies.

Le rehaussement de la formation en toile de fond
Toutes les recommandations du rapport impliquent une révision des objectifs de formation des infirmières et infirmiers. Actuellement, qu'ils aient complété un diplôme d'études collégiales (DEC) en soins infirmiers ou un baccalauréat en sciences infirmières à l'université, pour obtenir leur permis d'exercer de la profession, les étudiants doivent passer le même examen qui évalue les compétences acquises lors de la formation collégiale. Or, dans le contexte où les besoins de la population augmentent, où les soins se complexifient et où certains types de soins ne sont enseignés qu'au niveau universitaire, le fait que l'examen d'entrée soit fondé uniquement sur les connaissances acquises au niveau collégial ne suffit pas. En effet, certains domaines de soins, comme les soins critiques, ambulatoires, communautaires et spécialisés, pour lesquels le Québec a de grands besoins ne sont pas couverts par la formation au collégial.

Au Canada, le Québec est la province qui exige le moins d'années de formation pour accéder à la profession et c'est l'une des seules professions du secteur de la santé à ne pas avoir relevé ses exigences de formation initiale, alors qu'on constate une tendance vers un rehaussement de la formation à l'échelle mondiale.

« Pour que les infirmières et infirmiers prennent pleinement leur place et occupent le rôle qui leur revient, le fait de détenir une formation universitaire qui les placerait sur un pied d'égalité avec leurs collègues des autres professions de la santé, pour qui une formation universitaire est requise, y contribuerait assurément, en plus de crédibiliser leur expertise », a poursuivi le commissaire Robert Salois.

À la suite du large exercice consultatif effectué, il est donc recommandé que le baccalauréat soit le seul diplôme qui donne accès à un permis de pratique de la profession, tout en maintenant le choix de deux parcours de formation, soit le DEC-BAC qui appelle à une collaboration entre les cégeps et les universités, ou la formation initiale en sciences infirmières à l'université. Il ne s'agit aucunement de remettre en question le permis des quelque 32 000 infirmières et infirmiers (43 %) en exercice possédant un DEC, ni la formation des étudiants qui ont déjà amorcé leur parcours académique. Cependant, des mesures transitoires devront être mises en place et les cégeps font partie de la solution.

Le rapport peut être téléchargé en suivant ce lien : https://www.oiiq.org/documents/20147/2943421/rapport-EG-2021.pdf.

[1] Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. (2021). Tableau des membres de l'OIIQ. Secteur d'emploi.

[2] Institut du Nouveau Monde. (2021). Avis du jury citoyen sur le recours aux compétences infirmières dans l'offre de soins de santé au Québec, p. 2(page 16 du rapport).

[3] Léger. (2020). Rapport. Démarche vers des états généraux 2021. Groupes de discussion, p. 4.

[4] Voir tableau 3 du Rapport, p. 47.

SOURCE Commissaires des États généraux sur la profession infirmière


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Communiqué envoyé le 16 septembre 2021 à 10:30 et diffusé par :