Le Lézard

Commercialisation et financement privé des écoles publiques au Québec - Un pas en avant, deux pas en arrière



MONTRÉAL, le 15 mai /CNW/ -- MONTRÉAL, le 15 mai /CNW Telbec/ - L'enquête La commercialisation des écoles canadienne : qui mène la barque ? conduite en 2005 par la Fédération canadienne de l'éducation (FCE) en collaboration avec Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ) et le Centre canadien des politiques alternatives (CCPA), indique sans équivoque que le Québec fait très bonne figure en matière de commercialisation dans les écoles en comparaison du reste du Canada. "Voilà une nouvelle positive", indique Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). M. Parent ajoute cependant que "cette même enquête montre toutefois qu'il y a lieu de s'inquiéter de l'importance grandissante que prend le financement privé de l'éducation publique au Québec et ce phénomène est en lien direct avec le sous-financement étatique de l'éducation depuis près d'une décennie".

L'enquête de la FCE a permis de rejoindre 3105 écoles publiques primaires et secondaires au Canada, dont 495 au Québec. Plusieurs dimensions de la commercialisation des écoles sont étudiées dans cette étude dont la publicité dans les écoles, le partenariat et le parrainage d'entreprises privées, le matériel éducatif parrainé par des entreprises privées, les campagnes de financement et les frais d'utilisation pour les services offerts par les établissements scolaires.

Les écoles du Québec et du Canada se différencient sur plusieurs points

Parmi les résultats positifs de ce sondage, on observe que la publicité dans les écoles du Québec, notamment les écoles francophones, est beaucoup moins présente que dans les écoles des autres provinces. Que ce soit dans les couloirs et dans la cafétéria de l'école (Québec, 8,1 % ; Canada, 14,9 %) ou sur les fournitures scolaires (Québec, 7,9 % ; Canada, 14,9 %), le Québec fait meilleure figure. Ce sont surtout les entreprises Coca-Cola et Pepsi-Cola qui sont les plus visibles sur les tableaux indicateurs, les horloges, les distributeurs de boissons, les panneaux et le matériel de gymnase.

En ce qui a trait aux ententes d'exclusivité avec les grands producteurs de boissons gazeuses (Coca-Cola et Pepsi-Cola), le Québec fait aussi bonne figure puisque seulement 5,4 % des écoles ayant participé à l'étude disent avoir conclu ce type d'entente ; cette proportion grimpe à 27,3 % dans les écoles canadiennes. Comme on pouvait s'y attendre pour toutes les provinces canadiennes, ce sont surtout les écoles secondaires qui sont le plus touchées, alors que 60 % d'entre elles ont signé des ententes d'exclusivité contre 19 % pour les écoles primaires. "Nous pensons que l'offensive contre l'obésité ainsi que les nouvelles politiques gouvernementales en matière d'éducation à la santé devraient favoriser le non-renouvellement de ces ententes dans les années à venir", indique Monsieur Parent.

Les programmes incitatifs sont à toute fin pratique inexistants au Québec. Ces programmes encouragent les élèves, le personnel scolaire, les parents et la communauté à acheter un produit ou un service d'une entreprise par l'entremise de reçus ou de coupons contre lesquels l'entreprise donne de l'argent ou du matériel à l'école. Le plus connu de ces programmes est celui de Campbell. Ce programme est inexistant dans les écoles du Québec, alors que 29 % des écoles canadiennes y participent. Le même phénomène s'observe du côté du matériel pédagogique parrainé par des entreprises, que ce soit Scholatic, Pizza Hut ou Mr. Christie. Le matériel pédagogique Scholatic, de loin le plus connu, est présent dans 54,4 % des écoles canadiennes contre 9,1 % des écoles québécoises. Pour le Québec, ce sont les écoles anglophones qui utilisent ce matériel.

"Il me semble clair que les balises que nous nous sommes données comme société, notamment la Loi sur la protection du consommateur qui interdit la publicité aux jeunes de moins de 13 ans, ainsi que les balises du ministère de l'Éducation, du Loisir et de du Sport en matière de publicité dans les écoles, ont eu un impact majeur sur le vent de commercialisation qui a frappé les écoles du Québec dans les années 1990. Nous sommes la seule province à avoir réagi vigoureusement contre ce type de philanthropie stratégique des entreprises et nous en récoltons les fruits aujourd'hui", indique M. Parent

Des risques réels d'accroissement des inégalités entre les écoles

Ces résultats positifs ne doivent cependant pas nous faire oublier que la commercialisation des écoles prend des formes nouvelles comme les campagnes de financement et, qu'à ce chapitre, les écoles du Québec ne se démarquent pas des écoles canadiennes. "Nous sommes donc aujourd'hui dans la situation où la publicité est certes moins présente dans nos écoles publiques, et on doit s'en féliciter, mais le financement privé prend de nouvelles formes sous l'impulsion de la décentralisation scolaire. Et cette question doit nous interpeller au plus haut point, car il y a dans ces pratiques émergentes des risques évidents d'accroissement des inégalités entre les écoles de milieu nanti et celles de milieu défavorisé", souligne M. Parent

Avec la diminution du financement public de l'éducation publique, les écoles ont recours de plus en plus aux campagnes de financement pour faire face aux dépenses les plus urgentes. Depuis le milieu des années 1990, d'importantes restrictions budgétaires en éducation ont obligé les parents, le personnel scolaire et les directions d'école à mettre des énergies considérables à chercher de "généreux bâilleurs de fonds" pour réparer les cours d'école ou pour l'achat de matériel informatique, en vendant des produits de toute sorte fournis par des entreprises, en organisant des soupers-spaghetti ou d'autres activités pour l'achat de livres et l'organisation de sorties éducatives.

"On ne peut nier qu'il y a dans le financement privé une opportunité pour les écoles. Il y a aussi un risque de dérapage. La dernière collecte de fonds d'une école de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeois de Montréal, où des élèves ont eu à vendre du chocolat afin de financer l'achat de pupitres et de chaises pour les classes de leur école, illustre bien que le manque à gagner peut favoriser des pratiques douteuses en matière de financement. C'est cela qui me semble très inquiétant et c'est là-dessus que nous entendons être très vigilants", indique M. Parent

Ce sont surtout les fonds amassés dans le cadre de la sollicitation d'entreprises et de campagnes de financement qui inquiètent le plus, car ils sont une source potentielle, mais bien réelle, d'une plus grand inégalité entre les écoles. Par exemple, dans le sondage effectué par la FCE, on constate que les écoles du Québec amassent entre 300 $ et 200 000 $, avec une moyenne de 14 156 $ par école. Il y a donc des écarts importants entre les écoles. Ces données indiquent que, à ce chapitre, nous avons rejoint nos homologues des autres provinces puisque la moyenne des fonds recueillis dans les écoles canadiennes est 15 705 $.

Comme il n'y pas de mécanisme de redistribution de la richesse entre les écoles qui récoltent beaucoup d'argent et celles qui en récoltent moins, on ne peut qu'anticiper que les écoles favorisées seront encore plus favorisées et les écoles moins favorisées encore moins favorisées, ces dernières s'enfonçant dans la spirale des coupes de services. "Et à ce chapitre, le gouvernement a un rôle important à jouer. Il devra sensibiliser les commissions scolaires aux dangers des écarts grandissants qui peuvent se creuser entre les écoles ?uvrant en milieu défavorisé et celles en milieu aisé en raison des sommes amassées dans le cadre de campagne ou activités de financement", indique M. Parent.

Le rôle de l'État en matière de financement de l'éducation publique

Ce n'est pas d'hier que les intervenants de l'éducation au Québec s'inquiètent du rôle compensateur du financement privé de l'éducation en raison de la diminution du financement public. La Commission des États généraux sur l'éducation demandait dans son rapport de 1996 de maintenir l'effort global du Québec en éducation à 8,5 % du produit intérieur brut (PIB). Nous sommes présentement à 7,5 %. Sur un budget de 8,3 milliards de dollars en 2003-2004 pour le préscolaire, le primaire et le secondaire, cela représente un manque à gagner de près d'un milliard de dollars. L'importance d'un financement étatique adéquat de l'éducation apparaît d'autant plus important qu'il agit depuis de nombreuses années comme un mécanisme de compensation pour des politiques de soutien sociales déficientes ou inexistantes", souligne M. Parent.

"Ce qu'il nous faut par-dessus tout, c'est un encadrement plus strict des pratiques entourant le financement privé des écoles publiques et les conséquences qu'elles ont sur le personnel scolaire, les élèves et les parents. Nous avons fait un pas en avant en matière de publicité dans les écoles, mais nous en faisons deux en arrière présentement avec le financement privé. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et mettre tout en ?uvre pour éclairer la population du Québec sur cette situation en évolution rapide et indiquer ce qu'il entend faire dans ce dossier", conclut M. Parent.

Vous pouvez consulter les résultats de la recherche sur le site Web de la Centrale au www.csq.qc.net.

Profils de la CSQ et de la FSE

La Centrale des syndicats du Québec représente environ 180 000 membres, dont plus de 125 000 dans le secteur public, la grande majorité travaillant dans le domaine de l'éducation. Pour sa part, la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE) affiliée à la CSQ est une organisation formée de l'ensemble des syndicats d'enseignement des commissions scolaires francophones du Québec. Elle représente plus de 80 000 enseignantes et enseignants à l'éducation préscolaire, à l'enseignement primaire et secondaire de même qu'aux secteurs de l'éducation des adultes et de la formation professionnelle.


Communiqué envoyé le 15 mai 2006 à 11:48 et diffusé par :