Le Lézard

Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier D2005-09-010



MONTRÉAL, le 27 juin /CNW/ -- 
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    Numéro de dossier : D2005-09-010

    Plaignant                            M. Michel Chayer

                                         et

    Mis-en-cause
                                         Mme Karolyne Marengo, journaliste
                                         M. Samuel Auger, directeur et
                                         rédacteur en chef
                                         L'hebdomadaire Quartier Libre
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MONTRÉAL, le 27 juin /CNW Telbec/ -

RÉSUMÉ DE LA PLAINTE

M. Michel Chayer porte plainte à l'encontre de la journaliste Karolyne Marengo et l'hebdomadaire Quartier Libre, concernant un article paru le 7 septembre 2005. Il déplore le manque de pondération et de rigueur de l'article, ainsi qu'une atteinte à sa réputation et à celle de la société québécoise.

GRIEFS DU PLAIGNANT

M. Chayer juge que les propos tenus par le cinéaste-écrivain, M. Julian Samuel, dans l'article publié le 7 septembre 2005 "Préserver le savoir", dans l'hebdomadaire Quartier Libre, sous la plume de la journaliste Karolyne Marengo, sont haineux et discriminatoires à l'égard de la société québécoise. Ces propos sont rapportés sans nuances et stigmatisent tous les Québécois "de souche", souligne-t-il.

Le plaignant se dit outré de lire qu'en substance, l'article insinuerait que "nous serions au Québec qu'une bande de xénophobes, de racistes et d'intolérants". Il se dit préoccupé par la publication de tels propos, sans qu'aucun élément factuel soutienne ces assertions. Selon M. Chayer, "il n'y a qu'un propos général que semble entériner l'auteure de l'article".

COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

Commentaires de M. Samuel Auger, directeur et rédacteur en chef

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M. Auger mentionne qu'après avoir relu l'extrait annoté par le plaignant, et contrairement à ce que ce dernier avance, le journal n'entérine en rien les propos de M. Julian Samuel. Selon, le mis-en-cause, le cinéaste-écrivain était "libre d'avoir son point de vue et de l'exprimer dans ses films ou de le souligner lorsqu'il parle de son travail, en l'occurrence dans un article qui n'est pas un éditorial". La rubrique "Plein cadre", est une "rubrique-portrait", précise-t-il. Donc, l'absence de pondération relevée par le plaignant ne s'applique pas. La journaliste n'a fait que rapporter les propos du cinéaste-écrivain qui exprimait sa "perception" de l'absence des minorités ethniques dans le paysage médiatique québécois. L'article n'avait aucunement la prétention d'offrir une analyse sur ce sujet.

En ce qui a trait aux autres points soulevés par M. Chayer, soit l'atteinte à sa réputation de "Canadien-français et de Québécois de souche", M. Auger ne voit pas en quoi l'article dégage un tel constat. Le regard que pose le cinéaste est spécifiquement sur le milieu médiatique, et ne s'adresse aucunement à la population générale du Québec. En aucun cas, le cinéaste ne traite les Québécois "de xénophobes, de racistes et d'intolérants" tel que reproché par le plaignant. Le seul passage qui peut y faire vaguement référence parle du fait qu'il déplore "le nationalisme de la province". Selon M. Auger, cette phrase ne constitue pas une attaque envers quiconque, c'est une opinion politique défendable ou non, que le cinéaste exprimait mais que l'article n'endossait aucunement. Il considère que ce passage ne démontre aucune atteinte à la réputation envers qui que ce soit et se demande en quoi les propos du cinéaste constitueraient une atteinte à la réputation de M. Chayer quand ce dernier n'est pas concerné par l'article.

RÉPLIQUE DU PLAIGNANT

M. Chayer mentionne qu'il avait fait part de son indignation au rédacteur en chef, sans que ce dernier lui envoie même un accusé de réception; il y voit un manque de convenance.

M. Chayer reproche à Quartier Libre de rapporter, sans nuance, "que l'écrivain et documentariste Julian Samuel se sent brimé au Québec à cause de ses souches orientales". Conséquemment, ce documentariste publie des ouvrages et des films, en anglais, au Québec, dont le sujet récurrent porte sur l'absence des minorités dans le paysage médiatique québécois. Selon le plaignant, "ça tombe sous le sens que M. Julian Samuel vit dans l'ostracisme. Il n'y a que des racistes qui pourraient soutenir le contraire".

M. Chayer déplore que le journal devienne le porte-voix de cette "campagne de diffamation". Il juge l'article tendancieux, en ce sens qu'il ne reproduit que les dénonciations du cinéaste sans y ajouter aucune critique et sans les soutenir d'aucun élément factuel; ce faisant, le journal semble donner l'impression de cautionner les propos du cinéaste, qui ajoute-t-il, stigmatisent les Québécois "de souche".

DÉCISION

Les médias doivent respecter les distinctions qui s'imposent entre les genres journalistiques que constituent le reportage ou la nouvelle proprement dite d'une part, et l'expression d'opinions, d'autre part, afin d'éviter toute confusion chez les lecteurs sur la nature des textes.

Deux griefs sont soulevés ici. Le premier est à l'effet que la journaliste n'aurait fait que reproduire les dénonciations du cinéaste sans les critiquer ou les soutenir par des éléments factuels. Le rédacteur en chef précise que la rubrique "Plein cadre", dans laquelle le cinéaste est intervenu, n'est pas de l'éditorial et que ce dernier était donc libre d'y exprimer son point de vue.

En vertu de la liberté rédactionnelle qui est la leur, les médias sont libres de présenter l'information comme ils le souhaitent. Ainsi, selon le Conseil, la journaliste pouvait rapporter les propos du cinéaste comme elle l'a fait, et n'avait pas à les soutenir, ni à les infirmer.

Le plaignant soulève dans le deuxième grief que les propos haineux et discriminatoires rapportés sans nuances stigmatisent tous les Québécois "de souche". Selon le rédacteur en chef, le cinéaste pose un regard critique sur le milieu médiatique québécois et non sur la population québécoise.

À la lecture de l'article, le Conseil n'a pas constaté que la publication des propos du cinéaste, décriés par le plaignant, était contraire à l'éthique journalistique.

Considérant les éléments ci-haut mentionnés, le Conseil rejette la plainte de M. Michel Chayer à l'encontre de Mme Karolyne Marengo et de l'hebdomadaire Quartier Libre.

Nathalie Verge, secrétaire générale

Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information


Communiqué envoyé le 27 juin 2006 à 13:18 et diffusé par :