Le Lézard

Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2005-11-021



MONTRÉAL, le 12 mai /CNW/ -- 
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    Numéro de dossier : D2005-11-021

    Plaignant         : M. Denis Lapointe

    et

    Mis-en-cause      : M. Pierre-André Normandin, journaliste
                        M. Yves Bellefleur, vice-président, information et
                        rédacteur en chef
                        Le quotidien Le Soleil
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MONTRÉAL, le 12 mai /CNW Telbec/ -

RÉSUMÉ DE LA PLAINTE

M. Denis Lapointe reproche au quotidien Le Soleil, ainsi qu'à son journaliste M. Pierre-André Normandin, d'avoir manqué d'objectivité en favorisant le point de vue des partisans de la refusion avec la Ville de Québec dans un article paru le 5 novembre 2005, à la veille des élections municipales, et intitulé "Réintégration... après reconstitution".

GRIEFS DU PLAIGNANT

M. Denis Lapointe porte plainte contre un article paru le 5 novembre 2005 dans le journal Le Soleil et intitulé "Réintégration... après reconstitution".

Selon le plaignant, le devoir d'un journaliste est de relater une nouvelle, de façon objective et impartiale. Il précise que la nouvelle publiée favoriserait directement le clan refusionniste, ce qui ne lui semble pas acceptable compte tenu du fait que l'article fut publié la veille des élections municipales. Il conclut que l'article paru dans le journal Le Soleil est biaisé.

Le plaignant explique que l'article ne présente pas les principaux points de la conférence de presse donnée par la députée France Hamel au sujet de la reconstitution de L'Ancienne-Lorette en n'en traitant que des aspects favorisant les tenants de la refusion. Le journaliste aurait favorisé les partis refusionnistes de L'Ancienne-Lorette et Saint-Augustin en leur accordant une couverture très favorable. En contrepartie, il n'aurait pas pris soin de contacter ou d'interroger un candidat défusionniste.

De l'avis de M. Denis Lapointe, il s'agirait donc d'un traitement journalistique malhonnête et biaisé, à la veille des élections municipales du 6 novembre 2005. Selon lui, l'information aurait dû être traitée de façon objective, neutre et factuelle.

COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

Commentaires de M. Yves Bellefleur, vice-président, information et

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rédacteur en chef

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Le mis-en-cause rappelle que le 5 octobre 2005, la députée France Hamel, qu'il qualifie de "défusionniste avouée", affirmait dans un article publié dans le journal Le Soleil qu'elle ne s'impliquerait pas dans la campagne électorale municipale.

Il explique qu'un mois plus tard, le 4 novembre 2005, et à deux jours des élections municipales, la même députée a dénoncé, lors d'une conférence de presse, les informations fournies par les candidats refusionnistes de L'Anciennne-Lorette et de Saint-Augustin au cours de la campagne électorale.

Le même jour, les deux chefs refusionnistes de L'Ancienne-Lorette et Saint-Augustin, MM. Christian Lévesque et Serge Hamel, ont fait le bilan de leur campagne et ont réagi aux propos de la députée.

Selon M. Yves Bellefleur, la sortie publique de la députée et ses critiques représentaient une nouvelle en soi, compte tenu des propos qu'elle avait tenus le 5 octobre 2005. La réaction des refusionnistes se voulait donc, selon lui, la riposte normale aux propos de la députée contre leurs arguments.

Sur la forme, le mis-en-cause explique que la lecture de l'article permet de constater que 32 lignes ont été consacrées aux propos que la députée a tenus en conférence de presse le 4 novembre 2005. Les 27 lignes suivantes rapportent la réaction des deux candidats refusionnistes à ces critiques tandis que les neufs dernières lignes de l'article résument le bilan de campagne des équipes refusionnistes de L'Ancienne-Lorette et Saint-Augustin, qui faisait précisément l'objet d'une conférence de presse conjointe le même jour. De plus, il précise que le titre de l'article portait sur les propos de la députée libérale.

M. Yves Bellefleur reconnaît qu'il aurait été intéressant d'obtenir les réactions du candidat à la mairie de L'Ancienne-Lorette. Toutefois, il précise que ce dernier n'a pas retourné les appels du journaliste. Selon lui, il serait donc faux de prétendre que M. Normandin n'a pas contacté ou questionné un candidat défusionniste.

Le mis-en-cause conclut en faisant observer que M. Lapointe a omis de mentionner dans sa plainte qu'il s'était lui-même présenté aux élections en tant que candidat défusionniste et qu'il a été élu conseiller à la mairie de Saint-Augustin.

RÉPLIQUE DU PLAIGNANT

M. Denis Lapointe réaffirme que le texte paru dans le quotidien Le Soleil à la veille des élections municipales de novembre 2005 n'était pas objectif puisqu'il favorisait les refusionnistes.

Le plaignant reconnaît que l'article consacrait effectivement 32 lignes aux propos tenus par la députée France Hamel lors de sa conférence de presse mais explique que le journaliste a choisi de ne traiter que des aspects négatifs et non de l'essentiel des propos de la députée. En effet et selon lui, la députée n'avait pour objectif que de sensibiliser la population au fait qu'il ne pouvait pas y avoir de refusions "automatiques" si les candidats refusionnistes étaient élus et que prétendre le contraire consistait à induire la population en erreur puisqu'un tel processus n'existait pas.

M. Denis Lapointe ajoute qu'il doute, malgré les dires du mis-en-cause, que le journaliste ait réellement tenté de joindre des défusionnistes et reconnaît qu'il était effectivement candidat au côté de ceux-ci lors des élections de novembre 2005.

Le plaignant conclut en réitérant que les journalistes doivent s'efforcer de transmettre une information juste et objective en veillant à ce que celle-ci ne soit pas influencée par leurs opinions personnelles. Selon lui, le quotidien Le Soleil a manqué de rigueur et d'exactitude en publiant cet article.

DÉCISION

M. Denis Lapointe porte plainte contre le journal Le Soleil et son journaliste M. Pierre-André Normandin pour avoir publié, le 5 novembre 2005, à la veille des élections municipales, un article biaisé intitulé "Réintégration... après reconstitution". Le plaignant fonde sa plainte sur deux constats : selon lui, le journaliste n'aurait présenté que les points négatifs de la conférence de presse de la députée France Hamel et seuls les commentaires des candidats refusionnistes sur cette intervention auraient été recueillis.

En ce qui a trait à la nouvelle et au reportage, les médias et les professionnels de l'information doivent s'en tenir à rapporter les faits et les situer dans leur contexte sans les commenter. Quel que soit l'angle de traitement retenu pour une nouvelle ou un reportage, les médias et les journalistes doivent transmettre une information qui reflète l'ensemble d'une situation et le faire avec honnêteté, exactitude et impartialité.

Après analyse, le Conseil constate que la conférence de presse tenue par la députée France Hamel portait sur l'information qu'elle estimait n'avoir pas été livrée aux citoyens s'apprêtant à voter pour les candidats refusionnistes aux élections municipales, ce qui correspond à ce que rapporte Pierre-André Normandin dans son article. Concernant l'omission de certains éléments abordés par la députée dans cette même conférence, le Conseil précise que le journaliste était libre de choisir les aspects de celle-ci qu'il désirait traiter dans son article, sans que cela ne représente un manquement à la déontologie journalistique. Le grief ne peut donc être retenu sur cet aspect.

Par ailleurs, dans les cas où une nouvelle, ou un reportage, traite de situations ou de questions controversées, comme de conflits entre des parties, de quelque nature qu'ils soient, la déontologie du Conseil précise que les journalistes doivent veiller à ce qu'un traitement équilibré soit accordé aux éléments et aux parties en opposition.

À cet égard, le plaignant reprochait au journaliste du Soleil d'avoir omis de présenter la réaction des candidats défusionnistes au propos tenus par la députée, comme il l'a fait pour les refusionnistes, auquel il accorderait par ailleurs un préjugé favorable. Le Conseil considère que le journaliste a recueilli les propos des refusionnistes en réaction aux affirmations de la députée et ce, sans faire montre de parti pris.

Pour toutes ces raisons, le Conseil de presse rejette la plainte de M. Denis Lapointe contre le journaliste M. Pierre-André Normandin et le quotidien Le Soleil.

Nathalie Verge, secrétaire générale

Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information


Communiqué envoyé le 12 mai 2006 à 13:00 et diffusé par :