Le Lézard

Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2005-10-018



MONTRÉAL, le 12 mai /CNW/ -- 
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    Numéro de dossier : D2005-10-018

    Plaignante        : Mme Carole-Marie Allard

    et

    Mis-en-cause      : M. Stéphane St-Amour, journaliste et rédacteur en
                        chef
                        M. Claude Labelle, éditeur
                        M. Eric Cliche, directeur de l'information
                        Le journal régional Courrier Laval
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    MONTRÉAL, le 12 mai /CNW Telbec/ -

    RÉSUMÉ DE LA PLAINTE

    Mme Carole-Marie Allard porte plainte contre le journal régional Courrier
Laval et le journaliste Stéphane St-Amour à la suite du traitement
journalistique dont elle a été l'objet dans l'édition du 5 juin 2005. La
plaignante qualifie le comportement du Courrier Laval et de son journaliste de
"jaunisme" et dit souhaiter que l'on respecte sa vie privée.

    GRIEFS DE LA PLAIGNANTE

    Mme Carole-Marie Allard porte plainte contre le journaliste   
Stéphane St-Amour et le journal Courrier Laval pour un traitement
sensationnaliste dont elle aurait été l'objet dans l'édition du dimanche 5
juin 2005 de l'hebdomadaire. La plainte de Mme Allard vise les photos et
titres utilisés, le traitement de l'information, inapproprié selon elle, et
l'atteinte à sa vie privée.
    Pour Mme Allard, "avoir sa photographie publiée sur la première page d'un
journal qui bénéficie d'un tirage aussi étendu, a des conséquences qui peuvent
se révéler dramatique pour une réputation". Ainsi, la plaignante reproche aux
mis-en-cause la publication de sa photographie à la une de l'hebdomadaire avec
le titre : "Allard encore dans la controverse". Elle déplore aussi qu'en plus
de la première page, le journal ait consacré trois autres pages à son sujet,
illustrées de trois photographies.
    Mme Allard détaille alors l'explication de sa plainte. Elle relève d'abord
que dans l'article de la page A3, il n'est jamais fait mention du mot
"controverse". Mais, le journal a jugé important, selon elle, de rapporter un
témoignage devant la commission Gomery au sujet d'une entente interne du parti
Libéral concernant un remboursement de dépenses, qui a été présenté aux
lecteurs comme "un cadeau du Parti Libéral à Carole-Marie Allard". Elle
attribue cette mention au fait qu'elle est la compagne de M. Clément Joly,
homme d'affaires bien connu à Laval et membre du Parti Libéral du Canada
(PLC).
    La plaignante indique cependant que bien qu'elle soit en désaccord avec le
traitement de certaines parties de l'article de la page A3, ce n'est pas
l'objet de la présente plainte. Répondant toujours à l'article, Mme Allard
explique que les personnes qui la connaissent savent qu'elle ne connaissait
pas M. Joly au moment où elle est entrée en politique. Et au sujet de
"l'entente" dont il est question dans l'article, ce serait l'Association
libérale de sa circonscription qui a en a profité et non pas elle
personnellement. Elle ajoute que cette histoire n'impliquait aucun fonds
publics, qu'elle n'était pas reliée au mandat de la commission Gomery et que
le cas de Laval-Est n'était pas unique.
    En ce qui a trait à la page A5, même si l'article ne correspond pas aux
faits et à la discussion tenue avec le journaliste, elle ne remet pas le
contenu en question. Elle fait seulement remarquer que le mot "controverse"
n'apparaît pas non plus sur cette page.
    La plaignante souhaite attirer l'attention du Conseil sur la page A4 où,
pour la deuxième fois après la page couverture, il est question de
controverse. On peut y lire : "Carole-Marie Allard n'en est pas à sa première
controverse". Et, en sous-titre : "Ce cas de traitement de faveur impliquant
l'ex-députée libérale Carole-Marie Allard n'est pas sans rappeler certaines
irrégularités qui ont ponctué son parcours en politique." Commentant ces
"irrégularités", la plaignante explique qu'elle a fait antérieurement l'objet
d'une dénonciation en règle dans l'hebdomadaire par une ex-candidate,
Mme Nathalie Paradis. Selon la plaignante, "celle-ci déplorait par ses
allégations de pistonnage que Mme Allard avait été parachutée dans le comté au
détriment d'une militante du milieu" lorsqu'elle s'est présentée dans la
circonscription de Laval-Est à l'automne 2000. La plaignante demande en quoi
le fait de se présenter aux élections peut constituer une irrégularité.
    Mme Allard ajoute que le deuxième paragraphe de l'article indique : "Puis,
lors de la dernière campagne du printemps 2004, elle s'est à nouveau retrouvée
au c?ur d'une controverse." Le journaliste expliquerait alors que la
controverse était, en fait, une plainte déposée contre Mme Allard auprès du
directeur d'Élections Canada. La plaignante répond qu'en juillet 2005, elle a
reçu une lettre d'Élections Canada précisant que cette plainte n'avait pas été
retenue.
    La plaignante affirme qu'au cours de son parcours politique, elle n'a pas
souvenir d'avoir défrayé les manchettes dans le Courrier Laval de façon
négative. Ce qui la surprend, c'est qu'un journal aussi important revienne sur
cette histoire sans en avoir vérifié l'issue. Il s'agissait, en fait,  d'une
plainte déposée par le Bloc Québécois auprès d'Élections Canada concernant le
vote par bulletin spécial avant le jour du scrutin. Après avoir examiné  le
processus, le commissaire responsable à Élections Canada avait conclu que
l'information disponible ne lui donnait aucun motif raisonnable pour intenter
une poursuite contre la plaignante en vertu de la Loi électorale du Canada.
    La plaignante indique que ce qui la touche, c'est qu'un an plus tard,
cette information non vérifiée serve de prétexte à inscrire en première page
du journal : "Allard encore dans une controverse". Comme elle a quitté la
politique, elle souhaiterait qu'on respecte son droit à la vie privée.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

        Commentaires du journaliste et rédacteur en chef, Stéphane St-Amour
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    Le journaliste et rédacteur en chef relève que la plaignante demande que
l'on respecte son droit à la vie privée, puisqu'elle s'est retirée de la vie
politique. Il répond qu'il le veut bien mais qu'au printemps 2005,
"l'actualité s'est chargé de la mettre sur la sellette" lors des audiences de
la commission Gomery. Pour le journaliste, pour bien comprendre le contexte,
il est important de prendre connaissance des trois articles auxquels fait
référence Mme Allard dans sa requête, dont le texte principal, publié en
page 3, et qui justifiait les deux autres. Il fait d'ailleurs observer que la
plaignante n'a pas jugé bon de commenter ce texte.
    M. St-Amour dit vouloir répondre en détail aux propos de la plaignante
parce que "ses allégations sont insidieuses, laissant croire que j'avais
moi-même personnellement sauté à ces conclusions" :

    -   En fait, le témoin devant la commission Gomery auquel fait référence
        Mme Allard est Mme Françoise Patry, ex-présidente du PLC-Québec, qui
        commentait une avantageuse entente financière datée du 11 mai 2001 et
        signée par le directeur général du PLC-Q Benoît Corbeil à l'endroit
        de Mme Allard. Ayant obtenu copie de l'entente en question, le
        journal l'a publiée en page 3 de son édition du 5 juin 2005. Le
        journaliste fait remarquer que c'est le commissaire Gomery qui
        suggère à Mme Patry qu'il s'agissait "d'un cadeau de départ pour le
        député (sic) et d'une très, très grosse dépense pour le parti", ce
        qu'a corroboré Mme Patry. Un peu plus loin, le juge Gomery a demandé
        à Mme Patry si elle peut expliquer le geste que M. Corbeil a posé au
        nom du parti. Au fil des échanges, Mme Patry a répondu que le
        conjoint de Mme Allard était M. Clément Joly, le président de la
        commission des finances du PLC-Q et qu'à sa connaissance, ce geste
        exceptionnel n'a pas été fait pour d'autres candidats ou candidates.

    -   Le journaliste ne conteste pas le fait que Mme Allard ne connaissait
        pas M. Clément Joly avant son entrée en politique mais souligne qu'il
        n'a jamais prétendu le contraire. Il réagit également aux
        commentaires de la plaignante sur la véracité du texte qu'il signe en
        page 5 et qui ne correspondrait pas "aux faits et à la discussion
        tenue avec M. St-Amour..." Pour lui, il s'agit d'insinuations
        gratuites.

    -   Abordant ensuite le reproche de la plaignante d'avoir écrit qu'elle
        n'en était pas à sa première controverse, il commence par rappeler
        une définition du dictionnaire, pour expliquer ensuite le contexte où
        ce mot a été utilisé. Il cite également des documents à l'appui de
        ses explications :

              -  Au sujet du texte publié en page 4, le journaliste rappelle
                 "certaines irrégularités qui ont ponctué son parcours en
                 politique" et d'abord les circonstances de la nomination de
                 la plaignante comme candidate de Laval-Est en vue des
                 élections de novembre 2000. Sa nomination n'avait pas fait
                 l'unanimité et avait été dénoncée par l'ex-candidate
                 libérale Nathalie Paradis et ses supporteurs, parce que
                 Mme Allard n'était pas une militante du milieu. C'est cette
                 suite d'événements qu'il a considéré comme "première
                 controverse".

              -  La "seconde controverse" fait référence à un épisode survenu
                 lors de la campagne électorale du printemps 2004. Le
                 directeur des élections de la circonscription
                 d'Alfred-Pellan avait reçu des plaintes au sujet de méthodes
                 utilisées par Mme Allard pour faire inscrire des personnes
                 âgées au programme de vote postal d'Élections Canada. Le
                 journaliste annexe des documents pour confirmer l'incident
                 qui avait été rapporté notamment dans le quotidien
                 La Presse. Selon lui, en demandant "Où est le problème?",
                 Mme Allard confirme, lettre à l'appui que son geste "avait
                 fait l'objet d'une plainte déposée auprès du directeur
                 d'Élections Canada".

    Ainsi, pour M. St-Amour, quoi qu'en dise la plaignante, il y a bien eu
"matière à controverse dans le cas de l'entente financière soulevée durant la
commission Gomery, et dans le cas de sa nomination comme candidate libérale
aux élections de 2000 et dans le cas de la tactique électorale à laquelle elle
a eu recours en 2004...".

        Commentaires du directeur de l'information, M. Eric Cliche
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    Le directeur de l'information tient à réagir lui aussi et à remettre les
choses en perspective. Comme Mme Allard affirme dans sa plainte qu'elle ne
conteste pas le contenu des articles publiés en page 3 et 5 du Courrier Laval
du 5 juin 2005, le directeur de l'information concentre sa réaction sur
l'article publié en page 4 de l'édition du même jour.
    M. Cliche raconte les événements ayant entouré l'incident autour de
l'inscription de personnes âgées au programme de vote postal d'Élections
Canada et qui s'est terminé par une plainte déposée auprès du directeur
d'Élections Canada.
    Il rappelle également une définition du mot controverse : "discussion sur
une question, motivée par des opinions ou des interprétations différentes;
polémique". Selon M. cliche, s'il n'y avait pas eu d'opinions et
d'interprétations différentes de l'article 240 de la Loi électorale, le
directeur d'Élections Canada n'aurait pas été obligé de trancher.
    M. Cliche termine en disant qu'il ose croire qu'il est approprié de parler
de controverse lorsque le financement de la campagne électorale d'une députée
se retrouve devant la commission Gomery et que le commissaire cherche à savoir
pourquoi la députée en question a pu bénéficier de faveurs particulières

    RÉPLIQUE DE LA PLAIGNANTE

    Mme Allard répond en demandant au Conseil de considérer le dossier comme
complet.


    DÉCISION

    La plainte de Mme Carole-Marie Allard vise les photos et titres utilisés,
le traitement de l'information,  inapproprié selon elle, et l'atteinte à sa
vie privée. La plaignante reproche d'abord aux mis-en-cause l'utilisation du
mot "controverse" associé à son nom et à sa photographie publiée à la une de
l'édition du Courrier Laval le 5 juin 2005.
    À ce sujet, le Conseil rappelle que le choix des titres, des manchettes et
des bas de vignettes accompagnant photos et illustrations relève de la
responsabilité de l'éditeur. C'est sa prérogative d'établir la politique du
média dans ce domaine. En ayant recours aux moyens les plus efficaces dont ils
disposent pour rendre l'information qu'ils diffusent vivante, dynamique et
susceptible de retenir l'attention du public, les médias doivent faire preuve
d'une grande rigueur intellectuelle et se montrer soucieux d'exposer
fidèlement la réalité.
    Après examen des explications des parties, le Conseil a considéré que
l'utilisation du mot "controverse" n'était pas exagéré dans les circonstances
puisque les mis-en-cause ont démontré à quels événements antérieurs ils
faisaient référence lorsqu'ils ont utilisé le titre "Allard encore dans la
controverse".
    La plaignante reprochait également aux mis-en-cause leur manque de
vérification des informations entourant une plainte formulée auprès du
directeur d'Élections Canada durant la campagne électorale de 2004. Le Conseil
n'a pas retenu le grief sur le sujet, estimant qu'en vertu de la liberté
journalistique qui leur est reconnue, les mis-en-cause pouvaient choisir les
informations qu'ils jugeaient préférables de communiquer, même si aux yeux du
Conseil une mention du rejet de cette plainte aurait certainement été tout à
fait à propos, dans les circonstances.
    Enfin, en ce qui concerne le respect de la vie privée de la plaignante, le
Conseil a estimé que le traitement journalistique n'avait pas été exagéré et
que les mis-en-cause n'avaient pas commis de manquement à cet égard. Même si
après un séjour en politique la plaignante est retournée à la vie privée,
l'évocation de liens et d'événements reliés à cette période publique de sa vie
a été faite dans le respect des règles déontologiques.
    Ainsi, au-delà de l'observation sur le suivi de l'information mentionnée
plus haut, le Conseil de presse rejette la plainte de Mme Carole-Marie Allard
contre le journaliste et rédacteur en chef Stéphane St-Amour et le journal
régional Courrier Laval.


    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
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Communiqué envoyé le 12 mai 2006 à 12:22 et diffusé par :