Le Lézard

Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier :D2005-07-001



MONTRÉAL, le 12 mai /CNW/ -- 
    <<
    -------------------------------------------------------------------------
    Numéro de dossier : D2005-07-001

    Plaignants                         Mme Nassab Chaya
                                       M. Nahed Koussa
                                       L'association  Le Levant

                                       et

    Mis-en-cause                       M. Mohamad Al-Zaeym,
                                       conseiller à la rédaction
                                       M. Maroun Chamoun, président
                                       L'hebdomadaire de langue arabe Founoun
    -------------------------------------------------------------------------
    >>


MONTRÉAL, le 12 mai /CNW Telbec/ -

RÉSUMÉ DE LA PLAINTE

Les fondateurs de l'association d'artistes peintres Le Levant portent plainte contre l'édition du 14 avril 2005 de l'hebdomadaire Founoun. Une expression, que les plaignants qualifient d'injurieuse, aurait été ajoutée au texte d'un communiqué qu'ils lui avaient fait parvenir.

GRIEFS DES PLAIGNANTS

Mme Nassab Chaya et M. Nahed Koussa précisent d'abord que le comité organisateur de l'association d'artistes peintres Le Levant, dont ils sont les fondateurs, avait fait parvenir aux médias un communiqué de presse et une carte d'invitation lors de la préparation de leur 10ème exposition collective au Musée des maîtres et artisans du Québec à Montréal et pour la célébration, en parallèle, de leur 5ème année d'existence.

Toutefois, et à leur grande surprise, le journal de langue arabe Founoun, dans son édition du 14 avril 2005, a publié l'annonce de l'exposition en y ajoutant, selon les plaignants, une "expression camouflée avec deux points d'exclamation". Selon eux, il s'agirait d'une "insulte personnelle et directe adressée aux deux fondateurs du Levant".

Les plaignants précisent que le 17 avril 2005, ils ont fait parvenir au rédacteur en chef du journal, M. Maroun Chamoun, une télécopie afin de clarifier la signification des deux mots.

Retournant leur appel, M. Maroun Chamoun aurait admis qu'il s'agissait d'un geste volontaire mais inexplicable de son conseiller en rédaction, M. Mohamad Al-Zaeym. Mme Nassab Chaya et M. Nahed Koussa précisent toutefois que la réponse écrite de M. Chamoun ne mentionne pas le nom du conseiller. Toutefois, il y est précisé que le journal "veiller(a) à ce que de tels propos ne se reproduisent plus".

Les plaignants ajoutent qu'une lettre recommandée a ensuite été envoyée à MM. Chamoun et Al-Zaeym afin qu'ils expliquent la signification de l'expression camouflée ainsi que la raison pour laquelle celle-ci a été rajoutée au texte du communiqué. Ils précisent toutefois n'avoir jamais obtenu de réponse.

Ils concluent en mentionnant qu'ils déposent leur plainte au nom du respect des personnes, de leurs couleurs, des races et des origines ainsi qu'au nom de l'éthique journalistique car ils refusent que des insultes personnelles leur soient adressées par le biais d'un journal.

COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

Commentaires de M. Maroun Chamoun, directeur général

----------------------------------------------------

Le mis-en-cause précise d'abord que, depuis la création du journal arabophone Founoun en juin 2003, les évènements de l'association Le Levant ont toujours été couverts et que de bonnes relations amicales ont été entretenues avec cet organisme.

Selon M. Maroun Chamoun, les propos pour lesquels la plainte a été déposée n'avaient pour but que de rappeler le nom des créateurs de l'association Le Levant. La phrase ramenait donc directement aux deux dirigeants que sont Mme Nassab Chaya et M. Nahed Koussa.

Le mis-en-cause termine en expliquant que le journal n'avait pas pour dessein de porter atteinte à quelque personne que ce soit et que pour cette raison, une lettre d'excuses a été envoyée le 21 avril 2005 aux deux personnes concernées.

RÉPLIQUE DES PLAIGNANTS

Mme Nassab Chaya et M. Nahed Koussa précisent qu'ils ont exigé de M. Mohamad Al-Zaeym, dont le nom aurait été signalé par le directeur du journal M. Chamoun lors d'une conversation téléphonique le 18 avril 2005, une réponse formelle. Or, les plaignants affirment qu'ils n'ont reçu aucune réponse de la part de ce dernier.

De plus, la réponse de M. Chamoun ne leur semble pas crédible. Selon eux, elle ne peut être retenue et ce, pour les raisons suivantes :

    <<
    -En réponse à une télécopie envoyée le 17 avril 2005, le mis-en-cause
     aurait appelé le plaignant pour présenter ses excuses pour les mots
     "honteux et choquants" (citation du plaignant) de M. Al-Zaeym;

    -Durant cette conversation, M. Chamoun aurait qualifié son conseiller
     "d'irresponsable" en ajoutant que son geste n'était "pas honnête et
     inexplicable";

    -La plaignante, Mme Nasseb Chaya, aurait reçu le même appel du
     mis-en-cause lui présentant ses excuses;

    -Lors des deux appels, M. Chamoun aurait demandé aux plaignants de
     "tourner la page" et "d'oublier ce qui s'est passé" en ajoutant qu'il
     leur ferait parvenir une lettre d'excuses.
    >>


Mme Nassab Chaya et M. Nahed Koussa expliquent qu'après l'envoi de leur correspondance en recommandé le 22 avril 2005, le mis-en-cause est de nouveau entré en contact avec eux pour leur préciser qu'un tel comportement ne se reproduirait plus.

Toutefois, les plaignants se demandent si, dès lors que l'ajout de M. Al-Zaeym "n'avait pour unique but que de rappeler le nom des créateurs de ce magnifique organisme", cela pourrait-il expliquer les excuses présentées aux plaignants par M. Chamoun au nom de son conseiller?

De plus, si le journal et son conseiller n'étaient point mal intentionnés, il semble étrange aux plaignants qu'ils aient attendu 90 jours pour répondre et ce, seulement après l'intervention du Conseil de presse.

DÉCISION

Le Conseil tient à souligner que les plaintes portant sur des textes ou reportages dans une langue autre que le français et l'anglais peuvent être difficiles à trancher vu la complexité à bien comprendre la portée réelle de certaines expressions.

La rigueur intellectuelle et professionnelle dont doivent faire preuve les médias et les journalistes représente la garantie d'une information de qualité. Elle ne signifie aucunement sévérité ou austérité, restriction, censure, conformisme ou absence d'imagination. Elle est plutôt synonyme d'exactitude, de précision, d'intégrité, de respect des personnes et des groupes, des faits et des évènements.

Les fondateurs de l'association d'artistes Le Levant reprochaient à l'hebdomadaire de langue arabe Founoun, ainsi qu'à son conseiller à la rédaction, M. Mohamad Al-Zaeym, d'avoir camouflé une expression injurieuse dans un article qui annonçait la tenue d'une exposition collective pour marquer le 10e anniversaire de l'association. Dans leur commentaire, les mis-en-cause précisaient que les deux mots que les plaignants avaient interprétés comme une injure ne faisaient que rappeler le nom des deux fondateurs de l'association.

Après analyse, le Conseil constate que, si on compare le communiqué de presse annonçant la tenue de l'évènement avec l'article qui fut publié dans l'hebdomadaire Founoun, l'expression assortie de deux points d'exclamation dont il est question, et à laquelle les plaignants accordaient la signification "descendant d'un con", aurait bien été ajoutée au texte d'origine. De plus, les mis-en-cause n'ont pas proposé au Conseil leur traduction de ladite expression, ce qui aurait pu leur permettre de lever les soupçons sur sa signification. Les consultations effectuées par le Conseil auprès de personnes arabophones crédibles ne permettent pas de déterminer précisément le sens réel des termes en question.

Enfin, le président du journal, M. Maroun Chamoun, a précisé dans son commentaire qu'une lettre d'excuses avait été transmise aux plaignants. Sur celle-ci, on peut lire que le journal "veiller(a) à ce que de tels propos ne se reproduisent plus" ce qui constitue par ailleurs un aveu. Au terme de son analyse, le Conseil conclu que l'expression alléguée, constituant un jeu de mots avec les noms des deux plaignants, pourrait avoir une signification injurieuse.

À la lumière de cet aveu et bien que le Conseil ne soit pas en mesure de saisir complètement la portée de l'offense faite aux plaignants vu la difficulté à traduire clairement l'expression, il retient la plainte contre l'hebdomadaire Founoun ainsi que son conseiller à la rédaction, M. Mohamad Al-Zaeym, pour un manque d'éthique dans l'utilisation de propos injurieux.

Nathalie Verge, secrétaire générale

Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information

Conseil de presse du Québec


Communiqué envoyé le 12 mai 2006 à 11:47 et diffusé par :