Le Lézard

Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2005-09-013



MONTRÉAL, le 12 mai /CNW/ -- 
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    Numéro de dossier : D2005-09-013

    Plaignant         : M. François Bruneau

    et

    Mis-en-cause      : M. Claude Charron, animateur
                        M. Serge Fortin, vice-président information TVA
                        L'émission "Le TVA 17 heures"
                        Le Groupe TVA inc.
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    MONTRÉAL, le 12 mai /CNW Telbec/ -

    Résumé de la plainte

    M. François Bruneau porte plainte contre la chronique de M. Claude Charron
datant du 28 septembre 2005, intitulée "Mon opinion" et s'inscrivant dans le
cadre de l'émission "Le TVA 17 heures". De son avis, l'animateur aurait
utilisé sa chronique afin de discréditer le Dr Pierre Mailloux ainsi que les
personnes qui adhèrent à ses opinions et ce, en omettant de rappeler les
propos de ce dernier, en émettant des opinions n'étant basées sur aucun fait
ainsi qu'en lui prêtant des intentions erronées.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. François Bruneau porte plainte contre l'émission "Le TVA 17 heures" et
son animateur M. Claude Charron. Il reproche à ce dernier les propos exagérés
et mensongers qu'il a tenus contre le Dr Pierre Mailloux, le 28 septembre
2005, lors de sa chronique quotidienne intitulée "Mon opinion".
    Il rappelle les responsabilités de la presse relativement à la chronique,
telles qu'énoncées dans le document Droits et responsabilités de la presse.
Les chroniqueurs, qui sont tenus au respect des exigences en terme de rigueur
et d'exactitude, doivent éviter de donner aux évènements une signification
qu'ils n'ont pas et d'altérer les faits pour justifier l'interprétation qu'ils
en tirent. Ils doivent également s'efforcer de rappeler les faits relatifs aux
évènements qu'ils choisissent de traiter afin que le public puisse se faire
une opinion en toute connaissance de cause et ainsi éviter de laisser planer
des malentendus. Il expose ensuite les quatre entorses à ces exigences qu'il
reproche M. Charron.

    1. Dans sa chronique, Claude Charron n'aurait pas pris soin de rappeler,
       au préalable, les propos mentionnés par le Dr Mailloux lors de
       l'émission "Tout le monde en parle" diffusée sur les ondes de
       Radio-Canada le 25 septembre 2005. Selon le plaignant, les propos
       vagues - tels que "Dimanche soir dernier, devant des milliers de
       téléspectateurs, il en a remis sur le délire raciste qui lui fait
       gagner sa croûte de temps en temps" et "vous connaissez l'esclandre du
       Doc Mailloux, pas besoin d'insister" - prononcés par M. Charron,
       n'auraient pas suffi pour que le public se fasse sa propre opinion. Il
       conclut que la chronique ne permettait pas aux auditeurs d'identifier
       de façon précise quels étaient les propos où les idées qui étaient
       critiquées.

    2. À la fin de sa chronique, M. Charron aurait laissé entendre que, dans
       les commentaires qu'il a prononcés à l'émission "Tout le monde en
       parle", le Dr Mailloux avait suggéré que les noirs étaient
       responsables des difficultés qu'ils rencontraient sur le plan socio-
       économique. Or, et selon le plaignant, l'analyse de l'émission
       démontrerait que le Dr Pierre Mailloux n'a nullement suggéré ceci et
       que le chroniqueur lui aurait donc prêté des intentions malhonnêtes.

    3. De plus, M. Charron aurait qualifié les personnes qui croient au bien-
       fondé scientifique des affirmations du Dr Mailloux de "simples
       d'esprit". De l'avis du plaignant, de tels propos auraient pour
       conséquence de discréditer les personnes qui accordent une crédibilité
       aux résultats sur lesquels s'appuie le docteur, de même que les
       chercheurs ayant réalisé l'étude ainsi que le comité de révision qui
       en a autorisé la publication.

    4. Par son vocabulaire ainsi que par le ton utilisé, le chroniqueur
       aurait sous-entendu que le Dr Mailloux cautionnait les pratiques des
       nazis, des sexistes et des homophobes en regard de l'utilisation
       qu'ils font de certaines études. Or, et selon le plaignant, l'analyse
       des propos tenus par le Dr Mailloux dans l'émission "Tout le monde en
       parle" démontrerait que celui-ci n'a aucunement fait référence aux
       groupes ou idéologies mentionnés par M. Charron. Il ajoute que le
       Dr Mailloux n'aurait, de plus, présenté aucune suggestion directe ou
       indirecte quant à l'interprétation ou à l'utilisation qui devrait être
       faite des résultats des études qu'il citait. De l'avis du plaignant,
       le chroniqueur aurait donc versé dans le procès d'intention.

    Il conclut que la chronique de M. Charron déforme et exagère les propos du
Dr Mailloux. La chronique, en ne se basant pas sur des déclarations faites par
le docteur, aurait, en plus d'être un procès d'intention, donné aux évènements
une signification qu'ils n'avaient pas en laissant planer des malentendus qui
pouvaient risquer de discréditer le Dr Pierre Mailloux de même que ceux qui
partagent son opinion.

    COMMENTAIRES DU MIS-EN-CAUSE

         Commentaires de Serge Fortin, vice-président Information et
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                             Affaires publiques
                             ------------------

    Le mis-en-cause précise qu'il présente sa réponse au nom du Groupe TVA
inc. ainsi que de M. Claude Charron.
    Il explique que la chronique, le billet et la critique sont des genres
journalistiques qui laissent à leurs auteurs une grande latitude dans le
traitement des sujets d'information. Ils permettent aux journalistes d'adopter
un ton polémiste pour prendre parti et exprimer leurs critiques, dans un style
qui leur est propre, incluant l'humour ou la satire. M. Fortin mentionne que
la jurisprudence du Conseil de presse a repris et entériné ces principes afin
de favoriser des débats vigoureux, grâce à ce genre journalistique, et
d'éviter d'établir un lexique de termes à employer ou à proscrire.
    Il explique que les faits relatifs aux évènements sont les déclarations
controversées du Dr Pierre Mailloux concernant l'existence d'une preuve
scientifique qui, fondée sur les conséquences de l'ère esclavagiste,
établirait l'infériorité du quotient intellectuel des noirs. Il précise que ce
sont ces propos qui ont amené M. Charron à réagir par le biais de sa chronique
dans laquelle il a repris les principaux aspects de la position prétendument
scientifique avancée par le Dr Mailloux. Dans un style littéraire que le
mis-en-cause qualifie de "fougueux, ironique et éloquent", le chroniqueur a
disséqué et contredit cette opinion, en apportant ses arguments et exemples.
De l'avis du mis-en-cause, il n'en fallait pas plus, en terme de contexte,
pour permettre aux téléspectateurs ou aux lecteurs de comprendre les tenants
et aboutissants de l'opinion du chroniqueur. Il précise que cette opinion
s'inscrivait dans le cadre de l'émission "Le TVA 17 heures" qui comprenait
plusieurs reportages sur les propos controversés du Dr Mailloux. La mise en
contexte était donc, selon lui, bien présente.
    En second lieu, M. Fortin précise que l'opinion de M. Charron concernant
la portée des propos du Dr Mailloux serait claire et ne laisserait place à
aucun malentendu. Il explique que M. Charron a mentionné, à maintes reprises,
que des "impérialistes, des oppresseurs et des exploitants" ont invoqué des
motifs scientifiques qu'il qualifie de "plus que douteux" pour expliquer et
justifier leur pensées et ce, afin d'affirmer que l'oppressé mérite
objectivement et scientifiquement le traitement inférieur qui lui est réservé.
La thèse reprise par le Dr Mailloux, et qui utiliserait le même genre de
raisonnement, signifierait donc que les noirs mériteraient la discrimination
dont ils font l'objet puisqu'ils sont moins intelligents que les blancs.
M. Charron aurait donc mis en évidence, selon le mis-en-cause, une conséquence
subtile mais logique découlant des propos du Dr Mailloux.
    En troisième lieu, en affirmant que les simples d'esprit achèteront la
thèse avancée par le Dr Mailloux, M. Charron, dans son style que le
mis-en-cause qualifie de "subtil et ironique", réfèrerait au fait que le
raisonnement à la base de toute cette thèse est simple et fait abstraction de
nombreuses données variables fondamentales. En d'autres termes, il précise que
bien qu'alléchants au terme d'une équation simple, les résultats des études
reprises par le Dr Mailloux ne résisteraient pas à une analyse sérieuse.
    Finalement, le mis-en-cause explique que M. Charron n'aurait pas affirmé
que le Dr Mailloux soutenait les théories nazis, sexistes ou homophobes. Il
n'aurait fait que mentionner l'opinion selon laquelle les propos du
Dr Mailloux utilisaient erronément la science pour inférioriser un groupe de
personnes.
    En définitive, le mis-en-cause rappelle que les propos du Dr Mailloux ont
suscité de vigoureuses dissidences et des critiques, et que celui-ci a déjà
été réprimandé, dans une décision récente du CRTC, pour des propos semblables.
De son avis, l'opinion de M. Charron était donc à la mesure de la polémique
provoquée par le Dr Mailloux et respectait les normes journalistiques en
vigueur au Conseil de presse.

    RÉPLIQUE DU PLAIGNANT

    Le plaignant explique qu'un groupe de chercheurs réalisant une étude
scientifique sur la différence de quotient intellectuel entre différents
peuples, et dont la méthodologie a été approuvée par un groupe de pairs avant
d'être publiée, ne devrait en aucun cas être associé aux mouvements basés sur
une idéologie raciste.
    Il précise que l'étude citée par le Dr Mailloux a dû être revue, avant
d'être publiée, par un comité de révision scientifique. Par conséquent, le
plaignant affirme que toute personne devrait avoir le droit de citer
publiquement les résultats d'une étude publiée dans une revue scientifique
reconnue et ce, sans être associé à des groupes prônant la suprématie raciale.
    Or, dans la conversation où les propos reprochés au Dr Mailloux ont été
énoncés, ce dernier n'a jamais laissé entendre que l'étude qu'il citait venait
ajouter de la crédibilité ou confirmer les prétentions de groupes racistes.
Toutefois, le plaignant explique que M. Charron a clairement associé le
Dr Pierre Mailloux à l'idéologie nazie dans sa chronique. De son avis, ni
l'humour ni la satire ne peuvent être invoqués pour justifier les propos qu'il
a tenus et qui laissent planer des sous-entendus sur les intentions du
Dr Mailloux.
    Si le plaignant reconnaît que l'on puisse être en désaccord avec la façon
dont certains groupes racistes interprètent et utilisent les résultats des
études citées par le Dr Mailloux, il est, de son avis, inapproprié que
M. Charron ait affirmé que "les études reprises par le Dr Mailloux ne
résistent pas à une analyse sérieuse". Si l'hypothèse concernant la sélection
faite du temps de la traite des noirs peut être contestée puisqu'elle n'est
pas scientifiquement vérifiée, cela ne donnerait toutefois pas le droit à
M. Charron d'associer Pierre Mailloux au mouvement nazi.
    Enfin, le plaignant rappelle que M. Claude Charron a déjà fait usage par
le passé d'une comparaison avec les nazis dans sa chronique et ce, afin de
discréditer la personne qu'il dénonçait. Il précise qu'il avait d'ailleurs dû
présenter des excuses dès le lendemain. Selon lui, il s'agirait donc d'une
technique malhonnête qui nécessite des excuses publiques.


    DÉCISION

    La chronique, est un genre journalistique qui laisse à ses auteurs une
grande latitude dans le traitement d'un sujet d'information. Elle permet aux
journalistes d'adopter un ton polémiste pour prendre parti et exprimer leurs
critiques, dans le style qui leur est propre, même par le biais de l'humour et
de la satire. Elle accorde une grande place à la personnalité de leurs auteurs
puisqu'il s'agit de leur lecture personnelle de l'actualité.
    S'ils peuvent dénoncer avec vigueur les idées et les actions qu'ils
réprouvent, ils ne peuvent cependant cacher ou altérer des faits pour
justifier l'interprétation qu'ils en tirent. Il importe par ailleurs, qu'ils
rappellent les faits relatifs aux évènements, situations et questions qu'ils
décident de traiter avant de présenter leur point de vue.
    Le plaignant, M. François Bruneau, déplorait que M. Charron n'ait pas pris
soin de rappeler les propos mentionnés par le Dr Pierre Mailloux, lors de
l'émission "Tout le monde en parle", contre lesquels il prend position dans sa
chronique. Il ajoutait que les vagues allusions qui y étaient faites n'avaient
pas été suffisantes pour que le public puisse se faire sa propre opinion sur
le sujet.
    L'analyse révèle que, dès le début de sa chronique, l'animateur a rappelé
que son opinion porterait sur les propos controversés du psychiatre. De plus,
le Conseil constate que, compte tenu du fait que l'émission "Le TVA 17
heures", au terme de laquelle intervenait l'opinion de M. Charron, présentait
deux reportages sur les déclarations du Dr Mailloux à l'émission "Tout le
monde en parle", l'animateur s'est acquitté de ses responsabilités en matière
de mise en contexte.
    Par ailleurs, la jurisprudence du Conseil rappelle que les insinuations,
surtout quand elles risquent de porter préjudice à une personne, devraient
être évitées (D2004-01-025). À cet égard, le plaignant reprochait à M. Charron
d'avoir véhiculé plusieurs sous-entendus dans sa chronique, laissant entendre
que le Dr Pierre Mailloux aurait suggéré que les personnes de race noire
étaient responsables des difficultés socio-économiques qu'elles rencontrent et
qu'il cautionnerait les pratiques nazies, sexistes et homophobes.
    Or l'analyse démontre que M. Claude Charron a tenté de mettre en
perspective, dans sa chronique, certaines conséquences qui lui semblaient
pouvoir se dégager des propos tenus par le Dr Pierre Mailloux. Toutefois, la
paternité de ces opinions ne lui sont nullement attribuées puisqu'il est clair
qu'il s'agit de celles du chroniqueur. Par conséquent, il ne pouvait s'agir
d'insinuations à son encontre.
    Enfin, les auteurs de chronique doivent éviter, tant par le ton que par le
vocabulaire qu'ils emploient, de donner aux évènements une signification
qu'ils n'ont pas ou de laisser planer des malentendus qui risqueraient de
discréditer des personnes ou des groupes. M. François Bruneau reprochait en
dernier lieu au chroniqueur d'avoir tenté de discréditer le Dr Pierre
Mailloux, ainsi que les personnes qui accorderaient de la crédibilité à sa
thèse en les qualifiant de "simples d'esprit".
    À cet égard, le Conseil estime que le qualificatif "simples d'esprit"
qu'utilise l'animateur est le reflet de son opinion quant aux personnes qui
partageraient le point de vue du Dr Pierre Mailloux et que cette opinion
s'exerçait à l'intérieur des limites journalistiques de la chronique.
    Par conséquent, le Conseil de presse rejette la plainte de M. François
Bruneau contre le chroniqueur M. Claude Charron et le Groupe TVA.


    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
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Communiqué envoyé le 12 mai 2006 à 11:40 et diffusé par :