Le Lézard

Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier : D2005-05-091



MONTRÉAL, le 12 mai /CNW/ -- 
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    Numéro de dossier : D2005-05-091

    Plaignant         : M. Jack Shultz

    et

    Mis-en-cause      : M. Brian Kappler, éditorialiste en chef
                        Le quotidien The Gazette
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    MONTRÉAL, le 12 mai /CNW Telbec/ -

    RÉSUMÉ DE LA PLAINTE

    M. Jack Shultz reproche à The Gazette, d'avoir modifié le texte de sa
lettre parue dans la rubrique "Letters", le 29 avril 2005. Il accuse le
journal d'en avoir changé le sens et ainsi publié un message qui n'était
véritablement pas le sien.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

    M. Shultz porte plainte à l'encontre du journal The Gazette pour avoir
retranché des parties à sa lettre parue, le 29 avril 2005, dans la rubrique
"Letters". Il accuse le journal d'en avoir changé le sens et d'avoir ainsi
publié un message qui n'était pas véritablement le sien. Selon le plaignant,
bien que The Gazette soit un journal du Québec, c'est aussi un journal
appartenant à Can West, un journal national, sa lettre pouvait donc être lue à
travers le Canada.
    M. Shultz explique le processus qui a suivi l'envoi de sa première lettre.
Après avoir envoyé une première lettre à The Gazette, M. Brian Kappler,
éditorialiste en chef, l'invite à la transmettre à la rubrique "Letters" et 
lui mentionne que sa lettre sera publiée sans modification. Le plaignant
écrivit sa lettre le 7 avril mais une erreur de ponctuation dans l'adresse de
courriel fit en sorte que sa lettre lui fut retournée, il fit la correction et
la retourna le 8 avril.
    La lettre ne fut pas publiée. Quelques jours plus tard, le plaignant
envoya donc un courriel demandant la raison pour laquelle sa lettre n'avait
pas été publiée. Le lendemain, M. Kappler le rappela pour s'excuser et lui
dire que The Gazette ne publierait pas cette lettre mais publierait la lettre
originale (lettre que le journal, au tout début, ne voulait pas publier).
    Le 29 avril, The Gazette a publié une lettre signée par le plaignant, mais
cette lettre n'était pas celle que M. Shultz avait écrite. De plus, elle était
selon lui, tout le contraire de ce qu'il avait écrit.
    Les propos de la lettre initiale du plaignant se voulaient une réponse à
un commentaire de Stephen Harper qui dénonçait une entente entre Paul Martin
et Jack Layton "a deal with the devil". Le plaignant déplorait ce langage
excessif par la phrase suivante : "Neither politician should be demonized in
this way, but I suspect that more English speaking Canadians might regard Mr.
Duceppe as the devil than Mr. Layton." Cette phrase a été modifiée par The
Gazette  et se lisait comme suit : "Other Canadians, concerned with the unity
of Canada, might well wonder if Harper and his Conservatives are destined to
have to make their own "deal with the devil" - not with Layton, but with the
Bloc Québécois."
    Le plaignant souligne que par son texte, il voulait dénoncer ces propos
excessifs et non de demander qui de Jack Layton ou de Gilles Duceppe était le
plus démoniaque dans la politique canadienne.
    Le plaignant explique qu'il est un simple lecteur qui envoie des lettres
pour publication dans un courrier des lecteurs. Il s'attendait à ce que la
version envoyée à l'éditeur, avec ses opinions, soit celle qui serait publié.
La lettre publiée le 29 avril n'était pas la sienne, il demanda donc au
journal à ce que son nom soit enlevé et que sa lettre originale soit publiée.
Il mentionne qu'il écrit des lettres à l'éditeur depuis plusieurs années et
que certaines ont été publiées, d'autres ont subies quelques modifications
mais jamais dans une aussi grande mesure. Il comprend la chance qu'il a de
pouvoir s'exprimer, mais de voir le sens de ses propos modifiés est
inacceptable.
    M. Shultz indique qu'après avoir envoyé sa plainte au Conseil de presse,
M. Kappler est entré en contact avec lui pour s'excuser. Il l'aurait aussi
invité à lui envoyer à nouveau une autre lettre, que The Gazette publierait.
Une autre lettre fut envoyée en réponse à celle parue le 29 avril. Cette
lettre ne fut jamais publiée. Il adressa, par la suite, un courriel à M.
Kappler lui demandant pourquoi sa lettre n'était pas parue. M. Kappler lui dit
que sa dernière lettre ne serait pas publiée mais qu'il publierait sa toute
première lettre avec des excuses, ce qui fut finalement fait le 16 mai.
    M. Shultz termine en mentionnant qu'il devrait sans doute être satisfait,
mais il souligne que ceux qui écrivent dans les pages offertes aux lecteurs ne
sont pas rétribués pour ces efforts. Les lettres étant rarement publiées, il
considère donc, qu'au bout du compte, les lecteurs devraient avoir le droit de
voir leur nom sous leurs propres mots, et non sous ceux de l'éditeur.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

        Commentaires de M. Brian Kappler, éditorialiste en chef
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    M. Kappler considère que la plainte de M. Shultz est légitime. Cependant,
le 16 mai dernier, quand le Conseil de presse a reçu la plainte, The Gazette
s'excusait et publiait la lettre de M. Shultz avec une note de la rédaction.
    Le mis-en-cause souligne que le journal prend ses responsabilités au
sérieux concernant les lettres de ses lecteurs. Sur le grand nombre de lettres
qu'ils reçoivent, seulement quelques unes sont publiées. Plusieurs lettres
reçues doivent être retouchées, pour la précision et le style. Dans la page
"Send letters to" un encadré précise que la direction se réserve le droit de
réviser les textes sans en changer l'essentiel des arguments "preserve the
core of the argument".
    Dû à la limite d'espace et de temps, ils ont manqué à leur devoir dans le
cas de la lettre de M. Shultz. Mais, lorsque M. Shultz leur mentionna leur
erreur, ils l'ont admise et se sont excusés. M. Kappler a aussi avisé les
journalistes qui travaillent à cette section - trois personnes sont en
rotation sur ce poste - pour être certain qu'ils comprenaient le problème et
l'importance de le régler adéquatement.
    L'erreur commise ne peut être renversée, mais il réitère que The Gazette
prend sérieusement ses responsabilités quant au reflet de l'opinion des
auteurs de lettres ouvertes. Dans ces circonstances, le mis-en-cause ne voit
plus aucune raison à cette démarche devant le Conseil de presse.

    RÉPLIQUE DU PLAIGNANT

    Le plaignant n'a soumis aucune réplique.


    DÉCISION

    Le Conseil reconnaît que les journaux peuvent apporter des modifications
aux lettres qu'ils publient (titres, rédaction, corrections) pourvu qu'ils
n'en changent pas le sens et qu'ils ne trahissent pas la pensée des auteurs.
    Dans le cas présent, M. Shultz porte plainte à l'encontre du quotidien The
Gazette pour avoir modifié sa lettre parue dans la rubrique "Letters". Il
accuse le journal d'en avoir changé le sens et d'avoir ainsi publié un message
qui n'était véritablement pas le sien. De plus, il déplore le long processus
qu'il a du subir pour finalement voir sa toute première lettre publiée
intégralement. Le mis-en-cause de son côté a reconnu son erreur et s'en est
excusé. Il a publié la lettre de M. Shultz avec une note d'excuse de la
rédaction et sensibilisé les personnes travaillant à cette section afin de
prévenir ce genre d'erreur pour l'avenir.
    Ainsi sur cette base, le Conseil retient la plainte de M. Jack Shultz à
l'encontre du quotidien The Gazette.
    Le Conseil comprend la frustration du plaignant coincé dans ce long
processus pour voir publier une de ses lettres. Le Conseil tient à souligner
que The Gazette a reconnu son erreur en publiant la toute première lettre du
plaignant avec une note d'excuse de la rédaction. De plus, le Conseil prend
bonne note des directives émises par l'éditorialiste en chef aux responsables
de la rubrique réservée aux lecteurs, afin qu'une telle erreur ne se
reproduise plus.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
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Communiqué envoyé le 12 mai 2006 à 11:26 et diffusé par :