Le Lézard

Le Musée national des beaux-arts du Québec fait l'acquisition de la Maison Alfred et Madeleine Pellan , située à Ville de Laval



QUÉBEC, le 1er juin /CNW/ -- QUÉBEC, le 1er juin /CNW Telbec/ - "Je suis très heureuse de tout ce qui arrive. C'est un rêve que je caressais depuis longtemps et tout à coup, un matin, je reçois une offre formelle du Musée national des beaux-arts du   Québec : celle de faire l'acquisition de notre maison pour lui donner une vocation et une pérennité..." Madeleine Pelland, la veuve du peintre Alfred Pellan - l'un des artistes les plus flamboyants du Québec, ayant marqué le xxe siècle par ses idées et son art -, peut enfin se réjouir. Car pour rendre hommage à l'artiste, le Musée national des beaux-arts du Québec vient d'acquérir leur ancienne maison de Laval, une ?uvre inestimable pour le patrimoine artistique québécois, que l'on connaîtra désormais sous l'appellation de Maison Alfred et Madeleine Pellan. "C'est en fait un moment privilégié pour le patrimoine québécois, mentionne John R. Porter, le directeur général du Musée, parce qu'à ma connaissance, il n'y a pas beaucoup de maisons d'artistes qui ont été conservées au Québec dans leur authenticité."

L'âme d'Alfred Pellan plane toujours dans cette maison puisque son atelier est resté tel qu'il l'a laissé. Cette résidence exceptionnelle est une véritable ?uvre d'art en soi car elle intègre de nombreuses manifestations de la créativité de l'artiste, aussi bien sur ses parois extérieures que sur ses murs intérieurs (bestiaires, espaces de couleurs, mobilier intégré, etc.). Trois murs de pierre deviennent par ici une véritable ménagerie, et par là, de petites maisonnettes et des personnages. La première fresque, dans la salle de bains, date de 1972. L'escalier menant à l'étage voit ses contremarches peintes des couleurs les plus vives. Les panneaux d'armoires, tout comme les portes et les fenêtres, prennent également un air de vacances. "Pellan allait souvent chez les antiquaires, raconte Madeleine Pelland, pour acheter des meubles un peu abîmés et il les rafistolait ensuite en y ajoutant ses couleurs." À l'étage de l'atelier, des dizaines de pinceaux trônent ça et là, au garde-à-vous, dans de multiples petits pots tout colorés. Même à l'extérieur, les oiseaux ont droit à un clin d'?il espiègle de l'artiste, avec une mangeoire toute particulière qui se prolonge en bestiaire, ornée aussi d'une girouette en forme de soleil, d'étoile et de lunes.

Possédant près de 200 ?uvres d'Alfred Pellan - la plus importante collection au pays -, le Musée national des beaux-arts du Québec est heureux de saluer d'une nouvelle façon la mémoire d'un artiste reconnu pour sa virtuosité, son imagination et sa fantaisie débridée. Rappelons que le Musée a toujours soutenu l'artiste depuis son retour d'Europe et a présenté pas moins de cinq expositions et rétrospectives consacrées à l'artiste : Alfred Pellan (1940), Alfred Pellan (1961), Pellan (1972), Alfred Pellan, une rétrospective (1993) et Le Bestiaire. Les animaux imaginaires de Pellan (1996). Sans oublier plusieurs de ses ?uvres qui se retrouvent régulièrement dans l'une ou l'autre des salles de l'institution. Et même la superbe cour intérieure du Musée, inaugurée en 1997 sous le nom de Jardin Pellan, offre aux visiteurs un agrandissement à l'identique en bronze patiné de l'une des créatures du Mini-bestiaire. Enfin, suite à l'acquisition de l'ensemble du Mini-bestiaire, le Musée consacre à l'artiste, depuis l'automne 2005, une salle éducative et d'exposition dédiée à la famille - l'Espace Pellan - et il inaugurera également, à compter du 1er mars 2007, une nouvelle salle permanente entièrement consacrée à son ?uvre. De cette façon, le Musée national des beaux-arts du Québec entend faire connaître et rayonner l'art de Pellan à l'échelle de tout le Québec. "Pour nous, c'est une source d'inspiration et un grand moment, car nous voulons faire en sorte que notre musée soit plus que jamais le musée de référence en ce qui concerne l'?uvre d'Alfred Pellan" souligne M. Porter. Et Madeleine Pelland d'ajouter : "Comme Pellan est natif de Québec, il retourne ainsi dans ses terres..." "Mais avec de larges   horizons !" renchérit aussitôt M. Porter.

La Maison Alfred et Madeleine Pellan devient l'une des rares maisons d'artistes du patrimoine québécois à avoir été sauvegardées, et la seule à faire l'objet d'une protection par une institution nationale. "On a l'impression, tous ensemble, de bâtir quelque chose pour un artiste qu'on a beaucoup aimé, et que l'on continue d'aimer" ajoute M. Porter. L'acquisition de la Maison Alfred et Madeleine Pellan par le Musée constitue un geste patrimonial d'une grande importance qui contribuera sans aucun doute à la plus grande reconnaissance d'un artiste phare de l'histoire de l'art du Québec. L'achat de la résidence par le Musée, rendu possible grâce à la remarquable performance de l'institution au chapitre des revenus autonomes, comprend en prime la table de travail et les instruments du peintre. C'est la Fondation du Musée national des beaux-arts du Québec qui veillera aux infrastructures de la Maison Alfred et Madeleine Pellan, soit à l'entretien, à la restauration, à l'aménagement ou à l'animation éventuelle du lieu.

Évoquée fréquemment par des critiques et historiens d'art réputés, la Maison Alfred et Madeleine Pellan constitue, selon l'un d'eux, un "extraordinaire ensemble de modernité qui éclate de jeunesse dans la rigueur janséniste d'une belle et auguste maison, vigilante sous les arbres aux bords de la rivière des Mille Îles. (...) le Bestiaire de Pellan, le maître ouvrage de ses dernières années, grouille ici et là sur les murs (...) Cette maison toute pimpante des multiples inventions du peintre et du sourire de son épouse, cette maison raconte, étrange paradoxe, l'histoire, le passé d'un peintre futuriste."

Alfred Pellan, 1906-1988

Alfred Pellan occupe une place centrale dans l'histoire de l'art du Québec au xxe siècle. Né à Québec le 16 mai 1906, dans le quartier Saint-Roch, il s'inscrit à l'École des beaux-arts de Québec en 1921. Talentueux, il obtient à l'âge de vingt ans une bourse pour aller faire des études en France. Il s'installe à Paris jusqu'en 1940, étudie à l'École supérieure nationale des beaux-arts, fréquente divers ateliers libres et côtoie des artistes aussi fameux que Fernand Léger, Juan Miró et Pablo Picasso ou des écrivains aussi importants qu'André Breton et Paul Éluard. À son retour, il tient à Québec et à Montréal une exposition qui ébranlera le monde artistique québécois. En 1948, il signe avec d'autres créateurs le manifeste Prisme d'Yeux qui proclame la liberté totale de l'artiste. L'année suivante, il épouse Madeleine Polisena. Au cours de sa carrière, Pellan expose dans divers pays : outre la France, il est présenté aux États-Unis, en Israël, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, en Suisse, en Pologne, en Australie, au Mexique et au Japon. Au Canada, son ?uvre fait l'objet d'importantes rétrospectives. Il décède dans sa maison de Laval, le 31 octobre 1988, à l'âge de 82 ans.

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Communiqué envoyé le 1 juin 2006 à 10:00 et diffusé par :