Le Lézard
Classé dans : L'environnement

Soyons pragmatique dans le débat sur l'éthanol



LONGUEUIL, le 29 mai /CNW/ -- LONGUEUIL, le 29 mai /CNW Telbec/ - "L'idéologie de certains observateurs faussent le débat sur la production d'éthanol à partir du maïs et il est pressant de juger la situation avec plus de pragmatisme." C'est ainsi que M. Christian Overbeek, président de la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec (FPCCQ), commente les derniers épisodes du débat sur la production d'éthanol à partir du maïs.

Dans les derniers jours et les dernières semaines, plusieurs observateurs des médias et de la société civile ont opiné qu'il était préférable que le Québec délaisse la filière du maïs pour l'approvisionnement de la production d'éthanol pour des raisons environnementales. On soutient que le maïs ne représente pas une matière première intéressante pour la transformation en éthanol pour des considérations environnementales. Le gouvernement du Québec a même fait sienne cette théorie dans sa récente Stratégie énergétique du Québec 2006-2015, rendue publique au début du mois. Les considérations environnementales en question seraient le bilan énergétique de la transformation du maïs en éthanol et l'utilisation prétendument excessive des intrants dans cette culture agricole.

D'abord, il faut savoir que la recherche nord-américaine nous apprend que le bilan énergétique de la transformation du maïs en éthanol est positif dans la grande majorité des études menées sur le sujet. Des dix-sept études réalisées à cet effet en Amérique du Nord depuis le début des années 1990, onze ont conclu à un bilan positif. Des six études qui ont trouvé un bilan négatif, toutes ont été réalisées au début des années 1990 et quatre de celles-ci ont été l'?uvre du même chercheur, soit M. David Pimentel de l'Université Cornell. Depuis 1995, les douze études sur le bilan énergétique de la production d'éthanol à partir du maïs présente une moyenne du ratio de valeur énergétique net de 1,15(1). De ces douze études, trois seulement présentaient un bilan négatif, soit celles menées par M. Pimentel. Si l'on exclut ces trois études, la valeur moyenne se situe à 1,32. Par ailleurs, notons que l'une de ces études se rapprochait davantage de notre réalité puisqu'elle a été faite par Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). Réalisée en 1999, celle-ci concluait à un ratio énergétique de 1,39. Si l'on compare l'ensemble de ces résultats au bilan énergétique de la transformation des énergies fossiles en essence, lequel se chiffre à 0,80 selon les recherches de l'Université du Minnesota, il est évident que l'éthanol produit à partir du maïs l'emporte sur l'essence. Enfin, soulignons que les recherches menées en Europe nous sont de peu d'utilité aux fins de comparaison puisque l'éthanol y est produit principalement à partir de la betterave à sucre et des céréales comme le blé et l'orge.

À l'égard des travaux de M. Pimentel, il faut mentionner que plusieurs experts ont sévèrement critiqué ceux-ci. On soulève, entre autres, le fait que celui-ci fondait encore récemment ses modèles sur des données de référence du tournant des années 1980 et ce, autant à l'égard de la régie de production du maïs que de la technologie de transformation de cette culture en éthanol. "Autrement dit, souligne M. Overbeek, les résultats de M. Pimentel étaient probablement vrais il y a une vingtaine d'années, mais elles ne reflètent pas les avancées technologiques de la production de maïs elle-même, comme de celle de l'éthanol à partir de cette céréale. Or, les producteurs de cultures commerciales du Québec ont investi massivement, sur les plans individuel et collectif, pour améliorer leur productivité et ce, dans la culture de maïs comme dans les autres céréales et plantes oléagineuses. Ces efforts ont rapporté car lorsque l'on regarde la littérature scientifique récente, force est d'admettre que la vaste majorité des études sur le bilan énergétique de la production d'éthanol à partir du maïs tend vers des ratios positifs, insiste M. Overbeek. Il est donc déraisonnable de conclure à des bilans négatifs à la lumière de ces résultats."

D'autre part, en plus de ces données éloquentes sur le bilan énergétique de la transformation du maïs en éthanol, soulignons que la production de maïs en soi a enregistré des progrès remarquables au chapitre de l'agroenvironnement depuis le début des années 1990. À ce titre, selon les données d'AAC, les ventes d'engrais minéraux au Québec ont diminué de 16 % entre 1988 et 2002, en passant de 527 685 tonnes à 443 220 tonnes, pendant que les superficies de maïs augmentaient de 79 %, soit de 251 000 hectares (ha) à 450 000 ha. Cette rationalisation des engrais minéraux n'a pas été substituée par les engrais organiques, comme le fumier et le lisier, puisque les quantités d'éléments fertilisants d'origine organique ont aussi diminué pendant la même période selon les données du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec. En effet, de 1987 à 2000, les quantités de phosphore ont presque été coupées de moitié, en passant de 119 kg/ha à 68 kg/ha, alors que celles du potassium ont été réduites des deux tiers, soit de 143 kg/ha à 51 kg/ha. Pour leur part, les quantités d'azote appliquées sont restées sensiblement les mêmes. Les données relatives aux pesticides illustrent aussi les progrès accomplis puisque la quantité de matière active herbicide par hectare a été réduite de moitié, soit de 3,0 kg/ha à 1,5 kg/ha. Enfin, mentionnons qu'il est faux de prétendre que la culture du maïs provoquerait ou accentuerait l'érosion des sols comme on l'a malencontreusement laissé entendre récemment. Les pratiques culturales ont, en fait, beaucoup plus d'influence sur les risques d'érosion et, lorsque le maïs est cultivé selon de bonnes pratiques, cette culture est assurément la culture annuelle qui peut le mieux contenir l'érosion. Cela s'explique par le fait que la biomasse du maïs est sans comparable chez les autres cultures. Celle-ci, une fois les grains soutirés du plant de maïs après récolte, s'élève à environ 7 à 8 tonnes par hectare. C'est autant de matière végétale qui demeure au sol après la récolte et qui protège celui-ci contre l'érosion. À ce sujet, M. Overbeek précise que "sachant cela, il est évident que la production d'éthanol à partir de la paille de céréales, comme le prône le gouvernement du Québec dans sa stratégie énergétique, est contraire à protection de l'environnement car il est alors question d'un procédé néfaste pour la conservation des sols."

La FPCCQ regroupe onze syndicats affiliés répartis dans toutes les régions du Québec. Elle compte près de 11 000 membres qui cultivent et commercialisent plus de 900 000 hectares, principalement d'avoine, de blé, de canola, de maïs, d'orge et de soya. La FPCCQ est une fédération affiliée à l'Union des producteurs agricoles.

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(1) Dans ce texte, comme dans les références scientifiques consultées, un

bilan énergétique positif est exprimé par un ratio de valeur énergétique

net supérieur à 1,00 tandis qu'une valeur inférieure à 1,00 du même ratio

signifie un bilan énergétique négatif.

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Communiqué envoyé le 29 mai 2006 à 11:09 et diffusé par :