Le Lézard

Un mouvement communautaire légitime



MONTRÉAL, le 23 mai /CNW/ -- MONTRÉAL, le 23 mai /CNW Telbec/ - Le Comité aviseur de l'action communautaire autonome, qui représente depuis 1996 quelque 4000 organismes à but non lucratif indépendants de tout gouvernement, s'interroge sur la position du Conseil du patronat du Québec à l'égard de l'implication communautaire.

Selon un article paru le 18 mai dans un média national, le nouveau président du Conseil du patronat, Monsieur Michel Kelly-Gagnon, aurait adressé à plusieurs personnalités du monde des affaires une lettre accusant les groupes communautaires de s'opposer au développement économique, d'être manipulés par des contestataires professionnels, de nuire à la prospérité générale, d'être surfinancés par l'État.

De tels propos étonnent d'autant plus que le milieu québécois des affaires contribue substantiellement aux ?uvres communautaires par ses donations à Centraide et à de nombreuses fondations connues, si bien que le soutien gouvernemental aux groupes communautaires ne représente que 56% de leur budget.

Le Québec compte quelque 8000 organismes communautaires, dont 5000 reçoivent une aide de l'État, en vertu notamment d'une politique adoptée en 2001, intitulée L'action communautaire, une contribution essentielle à l'exercice de la citoyenneté et au développement social du Québec :

"Au fil des ans, les organismes de ce milieu sont devenus une composante significative de notre structure sociale. Indépendant des mouvements politiques ou syndicaux, le milieu communautaire contribue de manière importante à donner à la société québécoise sa force et son originalité. Il participe aussi à l'élargissement de la sphère démocratique ainsi qu'au développement social et économique." (page 15 de la Politique, disponible sur le site du Secrétariat à l'action communautaire autonome, du ministère Emploi et Solidarité sociale).

Dans cet esprit, l'actuel gouvernement libéral, depuis son arrivée au pouvoir en 2003, respecte et met en ?uvre cette politique, qui fait consensus au Québec. Le Comité aviseur de l'action communautaire autonome s'interroge sur l'adhésion du Conseil du patronat à ce consensus.

Les différentes composantes du mouvement communautaire contribuent à l'amélioration des conditions de vie de la population dans tous les secteurs de la société, agissant notamment au niveau de la lutte contre la pauvreté et contre l'exclusion sociale. Il est paradoxal à cet égard de juxtaposer l'entrée en matière d'une autre lettre de Monsieur Kelly-Gagnon, parue dans La Presse le 18 mai, et les résultats d'une étude du même journal, parus dans son édition du 20 mai. Le président du Conseil du patronat rappelle à juste titre qu'on "apprenait récemment que 40% des travailleurs montréalais gagnent un salaire annuel de moins de 20 000 $." Le journaliste Francis Vailles révèle deux jours plus tard que la rémunération annuelle du mieux payé des patrons québécois se situe à 38 millions de dollars; elle dépasse les 9 millions dans le cas de quatre autres dirigeants d'entreprises; elle dépasse les 4 millions dans trois cas; elle dépasse le million dans seize cas.

Selon Robert Théoret, administrateur du Comité aviseur :

"Les retombées économiques du milieu communautaire dépassent annuellement le milliard de dollars au Québec. Dans certaines régions il se situe au second rang comme employeur, participant largement au développement économique. Cela dit, la moitié des groupes communautaires gèrent un budget annuel auquel la contribution du gouvernement du Québec est inférieure à 50 000 $, où le salaire horaire se situe en moyenne en deçà de 15 $, où 80% du personnel est composé de femmes. Y a pas que Loto-Québec qui a des retombées économiques. Mais la vision sociale du mouvement communautaire prime à nos yeux sur un développement économique qui ignore l'ensemble des facteurs sociaux. Dire qu'on est contre la prospérité économique est ridicule. Mais il faut s'interroger : la prospérité de qui ?"

Le Comité aviseur de l'action communautaire autonome invite le Conseil du patronat à rencontrer ses représentants, aux fins d'en arriver à une plus grande compréhension mutuelle.


Communiqué envoyé le 23 mai 2006 à 16:39 et diffusé par :