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L'amiante : pourquoi exposer le Québec plus qu'ailleurs?



MONTRÉAL, le 25 sept. 2017 /CNW Telbec/ - Des associations de médecins et de santé publique réclament que le gouvernement Couillard emboîte le pas au gouvernement fédéral en adoptant une stratégie musclée de réduction de l'exposition à l'amiante. Rappelons que l'amiante tue à elle seule plus de travailleurs québécois que toutes les autres causes professionnelles, incluant les accidents de travail! Pour ces organismes, le Québec doit par conséquent abaisser sa norme quant à l'amiante immédiatement, sans attendre le long processus issu d'une consultation pilotée par la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail du Québec (CNESST). Leur demande rejoint celle récemment exprimée par la FTQ-Construction qui accusait le gouvernement du Québec d'immobilisme sur cet enjeu.

En décembre dernier, Ottawa annonçait qu'il allait interdire d'ici 2018 la fabrication l'utilisation, la vente et l'importation des produits contenant de l'amiante au pays. La première mesure du Canada en lien avec cette intention fut de resserrer les normes d'exposition des travailleurs d'entreprises de compétence fédérale. Ces organismes de santé publique du Québec demandent donc au gouvernement Couillard d'emboîter le pas au fédéral en abaissant la norme québécoise afin de conférer ce même niveau de protection à l'ensemble des travailleurs du Québec, et non uniquement à ceux sous la compétence du fédéral tels les travailleurs des banques, des aéroports et des compagnies de téléphone.  

La norme actuelle est trop permissive

La fibre d'amiante est reconnue comme un cancérigène par l'OMS depuis 1987. Il n'y a pas de seuil sécuritaire d'exposition à l'amiante; elle tue encore plus d'une centaine de travailleurs québécois chaque année, principalement dans les secteurs de la construction, de la rénovation et de la transformation de l'amiante.

« Nous demandons à ce que la norme actuelle pour l'amiante de 1 fibre/cm3 passe à 0,1 fibre/cm3, soit celle prévue pour les milieux de travail sous compétence fédérale, dans les autres provinces (excluant l'Î-P-É), aux États-Unis et en France. Rien ne pourrait justifier qu'on permette aux travailleurs québécois d'être exposés à un cancérigène avéré depuis 30 ans à des concentrations jusqu'à dix fois plus élevées que dans le reste de l'Amérique du Nord, et à des concentrations cent fois plus élevées que celles permises dans d'autres pays comme les Pays-Bas et de la Suisse, » remarque la docteure Marie-Ève Beauregard, porte-parole du groupe Jeunes médecins pour la santé publique.

Une situation problématique qui perdure en raison d'un manque de courage politique

« Au Québec, l'amiante représente la principale cause de décès d'origine professionnelle, étant responsable de plus de la moitié de ceux-ci. L'an dernier seulement, cela représenterait 121 travailleurs décédés. Combien d'années encore allons-nous accepter que les gens souffrent et meurent d'amiantose, de mésothéliome, de cancer du poumon et d'autres maladies dues au fait de respirer de l'amiante? La norme en vigueur au Québec est désuète depuis bien longtemps et notre gouvernement doit corriger le tir dès maintenant, » ajoute la docteure Isabelle Samson, présidente de l'Association des spécialistes en médecine préventive du Québec.

Selon la docteure Louise Soulière, vice-présidente de l'Association pour la santé publique du Québec et ancienne directrice de santé publique pour la région de l'Estrie, « nos élus doivent cesser de fermer les yeux sur ce dossier et assumer leurs responsabilités. Le Québec a été le dernier producteur d'amiante chrysotile au Canada et un ardent défenseur de son utilisation dite « sécuritaire ». Les études scientifiques indiquent que l'amiante a fait plus de victimes au Québec qu'ailleurs au Canada. Il faut agir en prévention dès maintenant pour en voir les bénéfices dans 20 ans. Abaisser la norme à 0,1 fibre/cm3 dans l'air ambiant est impératif. Ceci entraînera l'obligation d'utiliser des moyens de protection pour les travailleurs mis en contact avec l'amiante remis en suspension dans l'air lors de travaux de rénovation par exemple. Il faudra aussi questionner la faisabilité des projets de valorisation des résidus des anciennes mines d'amiante puisqu'il faudra prendre les moyens requis pour s'assurer que les travailleurs et les communautés avoisinantes soient suffisamment protégés. »

Au-delà de la norme, l'interdiction

Encore aujourd'hui, le gouvernement du Québec accompagne et finance les promoteurs de projets de valorisation des résidus miniers contenant une importante quantité d'amiante. Or, il faut se demander si la viabilité de ces projets tient compte du resserrement souhaitable de la norme afin de mieux protéger les travailleurs et les populations là où ces activités industrielles ont lieu, du chargement des résidus à leur transformation.

Si l'on se fie aux intentions du fédéral, l'utilisation de l'amiante sera interdite sous peu au Canada, comme elle l'est déjà dans plusieurs pays. « Réduire le seuil d'exposition en milieu de travail ne sera pas suffisant à long terme pour protéger la santé de nos travailleurs puisque nous n'avons jamais réussi à faire la démonstration d'une utilisation sécuritaire de l'amiante ou de sa gestion efficace. Le gouvernement du Québec devrait donc être plus proactif en s'efforçant de mieux limiter l'exposition à l'amiante, qu'il s'agisse de la transformation des résidus miniers eux-mêmes ou des autres matériaux de construction qui contiennent de l'amiante, » conclut la docteure Beauregard.

 

SOURCE Association pour la santé publique du Québec (ASPQ)


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Communiqué envoyé le 25 septembre 2017 à 07:00 et diffusé par :