Le Lézard

La course aux millions des médecins évaluateurs : Ça ne guérit pas l'monde, sauf que...!



MONTRÉAL, le 17 mai /CNW/ -- MONTRÉAL, le 17 mai /CNW Telbec/ - Plus de 150 travailleuses et travailleurs ont manifesté aujourd'hui devant les bureaux de la Commission de la santé et sécurité au travail (CSST) à Montréal. Cette manifestation, organisée par le Comité d'action en santé-sécurité du Conseil central du Montréal métropolitain (CSN) et l'Union des travailleurs et travailleuses accidentés de Montréal (uttam), visait à dénoncer le processus d'évaluation médicale actuellement en vigueur à la CSST. La CSST comparaissait d'ailleurs ce matin en commission parlementaire afin de répondre aux questionnements des députés sur ses pratiques controversées en matière d'évaluation médicale.

Le processus d'évaluation médicale est critiqué depuis longtemps par les travailleurs et travailleuses qui estiment qu'il ne sert qu'à mettre à la corbeille l'opinion de leur médecin traitant et ainsi permettre à la CSST de réaliser des économies. Ce processus oblige les travailleuses et travailleurs accidentés à se soumettre à des expertises médicales commandées par leur employeur et par la CSST et à comparaître devant un médecin du Bureau d'évaluation médicale (BÉM). Suite à ce processus, les travailleurs et les travailleuses voient trop souvent la CSST mettre fin aux traitements prescrits par leur médecin traitant ainsi qu'au versement de leur indemnité de remplacement de revenu. En effet, l'opinion du médecin traitant est renversée par le BÉM trois fois sur quatre.

"Le BÉM, c'est le département des miracles à la CSST. On a vu des gens entrer au BÉM avec trois hernies discales prouvées et sortir de là, 15 minutes plus tard, avec une entorse lombaire", a déclaré Roch Lafrance, porte-parole de l'uttam.

Une fois la décision rendue par la CSST, la travailleuse ou le travailleur accidenté peut bien sûr contester, mais cela interrompt tout de même ses traitements ainsi que ses indemnités. Plusieurs personnes sont donc face au choix suivant : retourner travailler ou devenir des prestataires de l'aide sociale.

"Des personnes qui, si elles avaient été traitées convenablement, auraient pu réintégrer leur emploi sans séquelle fonctionnelle. Retournées au travail prématurément, elles voient leur condition physique s'aggraver et se retrouvent ensuite avec des séquelles physiques permanentes qui les empêchent de réintégrer leur emploi. C'est inadmissible", de dire Gaétan Châteauneuf, porte-parole du Comité d'action en santé-sécurité du CCMM-CSN.

Le BÉM est aussi dénoncé pour le lieu de patronage médical qu'il constitue. En effet, selon les données obtenues du ministère du Travail, moins de 10% des médecins inscrits sur la liste des membres du BÉM effectuent près de 50 % de toutes les évaluations. Il y a donc une dizaine de médecins privilégiés, les "amis du régime", qui font partie du club des millionnaires du BÉM. Ce petit "à-côté" fort lucratif s'ajoute évidemment aux revenus qu'ils tirent de leur pratique en centre hospitalier ou en clinique privée.

"On ne peut plus tolérer cet outil de gestion et de judiciarisation à l'aide duquel des médecins s'enrichissent impunément en compromettant les droits des travailleurs et des travailleuses à être traités et indemnisés lorsqu'ils sont victimes d'accidents et de maladies du travail", a déclaré Gaétan Châteauneuf.

Les manifestants ont réclamé l'abolition du BÉM, l'abolition des pouvoirs de contestation des employeurs en matière médicale et la modification des pouvoirs de contrôle de la CSST dans cette même matière.

"Nous ne nous objectons pas à ce que la CSST exerce un certain contrôle en matière médicale. Nous refusons que ce soit elle qui choisisse les médecins que nous verrons. Il faut rappeler que les seuls médecins qui ne sont pas payés directement par la partie qui fait appel à leurs services, ce sont les nôtres. Les employeurs et la CSST, eux, allongent plusieurs centaines de dollars sur la table quand nous rencontrons un de leurs médecins. La complaisance des médecins, c'est de ce coté-là qu'on est susceptible de la trouver, pas du nôtre", de conclure Roch Lafrance.


Communiqué envoyé le 17 mai 2006 à 12:00 et diffusé par :