Le Lézard

RAPPORT D'INVESTIGATION DE FRANCIS BOURGAULT-PICHETTE - LES TREMPLINS DES PISCINES PUBLIQUES : UNE RÉGLEMENTATION À MODIFIER



QUÉBEC, le 3 août /CNW/ -- QUÉBEC, le 3 août /CNW Telbec/ - Dépôt du rapport d'investigation du coroner Jacques Ramsay concernant le décès du jeune Francis Bourgault-Pichette, 7 ans, survenu le 6 août 2005 après une chute de l'échelle du tremplin de trois mètres d'une piscine publique de Montréal.

Les événements

Le 4 août 2005, un peu après midi, le jeune garçon est à la piscine du parc Lasalle, dans l'arrondissement Lachine, à Montréal. À cette heure, la piscine est peu fréquentée. Un sauveteur est assigné spécifiquement à la section de la piscine où les gens peuvent sauter. Selon les règlements de la piscine, toute personne qui respecte les consignes de sécurité et qui sait suffisamment nager pour se débrouiller dans cette section de piscine peut sauter du tremplin. Ce qui est le cas du jeune Francis, un habitué de l'endroit, qui aime particulièrement le saut du plongeoir de trois mètres.

Alors que le sauveteur circule autour de la piscine et fait dos au tremplin, l'enfant grimpe les échelons de l'échelle et, selon un témoin, il atteint la dernière marche, mais ne pose pas le pied sur le plongeoir. Il tombe subitement au sol, sur le dos, sans faire de mouvement pour se protéger. Le garçon est immédiatement secouru par les sauveteurs qui appellent le 9-1-1. Il est transporté à l'Hôpital de Montréal pour enfants où il décède d'un traumatisme crâniocérébral, un peu plus de 48 heures après la chute.

Les tremplins sont-ils sécuritaires ?

Selon le coroner, la problématique de cet accident est troublante. En effet, ce décès survient malgré le respect des normes de construction et d'aménagement fixées par le Règlement sur la sécurité des bains publics et la Loi sur la sécurité dans les édifices publics, ainsi que des règlements de surveillance des piscines. Même s'il s'agit du seul décès répertorié au Québec par le Bureau du coroner, de nombreux accidents surviennent chaque année, infligeant de graves blessures à plusieurs enfants. De plus, certains gestionnaires et sauveteurs dans les piscines ont depuis longtemps reconnu le potentiel de danger que représentent les tremplins. Ces derniers sont majoritairement utilisés par des enfants, mais ils ne sont pas conçus pour eux.

En effet, ces équipements ont été créés pour des athlètes, car c'est un organisme sportif de haute compétition, la Fédération internationale de natation (FINA), qui réglemente le sport et les accessoires.

Le plongeoir du parc Lasalle a une échelle qui ne comporte pas de garde-corps latéraux, mais deux tubulures verticales séparées par onze échelons en plastique antidérapant. L'enfant a donc le choix de grimper en s'agrippant aux tubulures ou aux marches. Toutefois, au sommet de l'échelle, les tubulures s'élargissent soudainement pour devenir les garde-fous, de chaque côté du plongeoir. La main doit donc abandonner un instant les échelons ou les tubulures. Il arrive que les mains mouillées des enfants échappent la tubulure et que ces derniers perdent pied et glissent au bas de l'échelle.

Selon le coroner, la chute du jeune Francis s'est produite à ce lieu de transition critique, entre l'échelle et le tremplin. L'absence d'une tubulure continue entre l'échelle et le tremplin ou tout simplement l'accroissement de la distance entre les tubulures pour s'ajuster au tremplin, plus large que l'échelle, sont les pricipaux facteurs ayant contribué à cet accident mortel.

Afin de réduire les risques de chute et d'éviter qu'un décès dans des criconstances semblables ne survienne de nouveau, le coroner recommande entre autres, que les tremplins soient munis d'un escalier avec palier dont la largeur ne permet que le passage d'un seul enfant à la fois. À défaut d'un tel escalier, il faudrait alors modifier les échelles et les garde-fous pour les rendre plus sécuritaire et installer un revêtement de sol autour du tremplin, afin de diminuer l'intensité des blessures subies lors d'une chute.

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                                   ANNEXE

                               RECOMMANDATIONS

    Que le Ministre du Travail :


    - modifie le Règlement sur la sécurité dans les bains publics (S-3, r.3)
      pour que toute réfection, modification ou installation d'un plongeon
      ou toboggan de trois mètres prévoit également un accès au tremplin ou
      toboggan par un escalier avec palier;

    - modifie l'article 14 du même règlement pour préciser que le garde-
      corps prévu au niveau du tremplin ou de la plate-forme devrait être
      plein sans orifice sous la barre pour éviter qu'un enfant chute en
      passant sous celle- ci et atterrisse sur le sol trois mètres plus bas.
      Puisque les préposés à la surveillance doivent maintenir un contact
      visuel constant avec les usagers du tremplin, il faudrait utiliser des
      barreaux avec un écart ne dépassant pas dix centimètres ou un matériau
      transparent tel que le plexiglas. De façon générale, tout tremplin
      devrait posséder un garde-corps infranchissable, impossible à
      escalader sans entraver la visibilité.


    Que les gestionnaires de piscines publiques, membres de l'Union des
municipalités du Québec, de la Fédération québécoise des municipalités du
Québec ou de la Fédération des commissions scolaires du Québec :


    - prévoient, là où la chose est possible, l'installation d'un escalier
      avec palier au lieu d'une échelle pour accéder aux tremplins de trois
      mètres;

    - prévoient également l'installation systématique de panneaux de
      plexiglas ou d'un autre matériau transparent pour fermer les orifices
      sous les garde-corps au niveau des tremplins;

    - installent un revêtement de sol destiné à diminuer l'impact des chutes
      sur la tête. Ce revêtement devrait respecter la norme CAN/CSA-Z614-03
      de l'Association canadienne de normalisation ou la norme F-1292-04 de
      l'American Society for Testing and Materials standards en fait
      d'absorption de choc afin de réduire efficacement le risque de
      traumatisme craniocérébral à une hauteur de trois mètres. Ceci pour
      les cas où les gestionnaires choisiraient de ne pas installer
      d'escalier avec palier.


    Que l'Association des responsables aquatiques du Québec :


    - Se prononce sur les solutions que pourraient offrir les fabricants
      québécois de revêtements de sol. Dans tous les cas, le revêtement au
      sol devrait accompagner d'autres changements plus hauts dans les airs,
      en l'occurrence :

        - un angle moins vertical de l'échelle;

        - des mains courantes avec une continuité entre la tubulure de
          l'échelle et celle du garde-fou en haut du tremplin de même qu'un
          diamètre ne dépassant pas quatre centimètres pour permettre à de
          petites mains de bien s'agripper;

        - des marches ou échelons qui soient antidérapantes. Ceci nécessite
          une révision périodique avec, au besoin, des changements lorsque
          l'usure rend le revêtement moins efficace;

        - l'utilisation de pictogrammes pour guider les enfants et leur
          rappeler l'utilisation la plus sécuritaire de l'échelle;

        - la surface du tremplin devrait toujours être antidérapante sur
          toute sa longueur, impliquant ainsi un entretien régulier pour le
          dégraissage, et l'extrémité du plongeoir devrait être de couleur
          contrastante;

        - les pivots mobiles, en dehors d'une utilisation lors d'une
          compétition ou par un club de plongeon dûment accrédité, devraient
          être cadenassés à leur plus bas niveau pour limiter les dangers
          reliés au plongeoir à grand ressort et les chutes lors de
          l'ajustage avec le pied;

        - les plongeoirs des piscines extérieures devraient être entreposés
          de façon sécuritaire à la fin de la saison estivale pour éviter que
          des enfants viennent y jouer durant l'hiver.


    À défaut d'installer un escalier ou encore de modifier les échelles et 
l'environnement autour des plongeoirs :

    - Limite, en dehors des activités encadrées (cours, clubs, compétitions),
      l'usage des tremplins aux enfants d'au moins 12 ans et mesurant au
      moins 1,35 mètre. Entretemps, les gestionnaires des piscines ne
      devraient pas hésiter à restreindre l'usage des plongeoirs,
      particulièrement en période d'affluence, jusqu'à ce qu'ils aient statué
      sur les modifications à apporter à leurs installations.

    Que la Société de sauvetage du Québec :

    - fasse de 2006 ou 2007 une année pour la prévention des accidents de
      plongeon en sensibilisant tous ses membres-sauveteurs pour qu'ils
      interviennent systématiquement auprès des utilisateurs en leur
      rappelant les règles de sécurité et qu'ils participent aux discussions
      avec les gestionnaires pour rendre les équipements plus sécuritaires et
      ainsi diminuer les risques de blessures.

    - évalue la pertinence de faire appel à ses membres en distribuant une
      liste de vérification qui permet d'établir une compilation des
      caractéristiques des plongeoirs au Québec.

    Que la Société de sauvetage du Québec et Plongeon Québec :

    - participent et contribuent activement au développement de nouvelles
      normes en matière de sécurité des plongeoirs grâce à leur expertise
      incontournable.

    Que la Société canadienne de la Croix-Rouge :

    - renforce les éléments de sécurité autour de la piscine dans son
      curriculum d'enseignement des concepts importants de natation. À cette
      fin, elle devrait réserver un espace adéquat dans son livre "Natation
      et sécurité aquatique" à l'abc du plongeur prudent.
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-%RE: 1


Communiqué envoyé le 3 août 2006 à 10:57 et diffusé par :