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L'économie mondiale devra parcourir un long chemin avant de se reprendre, compte tenu de la crise des prêts hypothécaires à risque qui secoue les États-Unis, selon l'économiste en chef de la Banque Scotia
TORONTO, le 21 juill. /CNW/ - L'administration, à fortes doses, de politiques de relance monétaire et budgétaire, l'adoption, à grande échelle, de mesures officielles destinées à endiguer la vague de défauts de remboursement des prêts hypothécaires et l'injection, sans précédent, de liquidités à court terme par la Réserve fédérale ont en partie réussi à atténuer les retombées très négatives de la crise des prêts hypothécaires à risque, selon le dernier rapport phare d'Études économiques Scotia, Perspectives mondiales, intitulé A Long and Winding Road to Recovery (traduction libre, Un long et sinueux chemin vers la reprise). Malgré un important ralentissement de l'activité dans le secteur du logement et des ventes de véhicules automobiles, l'économie des États-Unis est parvenue à conserver un rythme de croissance modeste au cours du premier semestre de 2008.
"Cela dit, si de nouvelles mesures de relance budgétaire ou monétaire ne sont pas prises, la capacité d'adaptation de l'économie récemment observée cèdera probablement la place, d'ici la fin de l'année, à l'effondrement général de la conjoncture américaine, a déclaré Warren Jestin, économiste en chef, Banque Scotia. Les palliatifs accordés temporairement aux dépenses de consommation par le flux de chèques d'abattement d'impôts versés par Washington seront suivis d'une nouvelle chute des ventes, une fois que ces mesures de relance budgétaire auront pris fin."
L'adoption, cette année, d'une nouvelle série de mesures de relance budgétaire sans précédent est susceptible de prévenir, voire d'éviter une récession à double creux manifeste, mais à un coût qui risque de catapulter le déficit fédéral de l'exercice financier 2009 vers de nouveaux records dépassant les 500 G$ US, soit 3,5 % du produit intérieur brut (PIB). Un nouveau relâchement de la politique monétaire - au moyen de la réduction des coûts d'emprunt du secteur financier et de l'injection de liquidités destinées à encourager les prêteurs à rendre les crédits privés moins chers et plus disponibles - permettra peut-être d'éviter une récession absolue. Toutefois, ces mesures monétaires et budgétaires additionnelles ne résorberont pas les déséquilibres structurels qui sont à l'origine du resserrement des conditions de crédit, de la déprime du secteur du logement, des pressions sur les profits internes, de l'apathie du marché des actions, de la hausse des coûts de l'énergie et de l'essoufflement de la croissance économique à l'étranger.
"Ces défis de portée nationale et internationale laissent entrevoir une atonie persistante de la demande intérieure aux États-Unis, a ajouté M. Jestin. Au fond, nous nous attendons à ce que, en 2009, les États-Unis connaissent une croissance inférieure à la progression négligeable de 1,5 % enregistrée cette année."
Ce rapport précise que l'augmentation à deux chiffres des exportations et la robustesse des investissements des entreprises ont contribué à amortir les effets de la baisse des dépenses de consommation sur la croissance américaine; ces facteurs devraient néanmoins devenir moins favorables. Si la dépréciation du dollar américain a stimulé la compétitivité du pays, les ventes à l'étranger seront modérées au fur et à mesure que la croissance poursuivra son ralentissement en Europe et au Japon en 2009, après avoir été morose cette année. La pression exercée par l'augmentation des coûts des intrants et l'effondrement des ventes aux États-Unis sur les profits des entreprises aura également pour effet de limiter l'investissement intérieur à l'heure où la progression soutenue des profits générés à l'étranger incite fortement ces dernières à réaffecter leurs dépenses en capitaux stratégiques aux pays d'Asie, d'Amérique latine et d'Europe de l'Est en pleine croissance.
"Si la perspective d'une atonie économique prolongée varie d'un pays à l'autre, la croissance n'atteindra vraisemblablement pas 1,5 % au Japon en 2008-2009, et elle devrait tomber à ce niveau au Royaume-Uni et en Europe dès l'année prochaine, a affirmé M. Jestin. Le passage rapide de l'expansion des crédits au resserrement des crédits, les mises à pied massives dans le secteur des services financiers et le relâchement des excès observés dans le secteur de l'immobiliser sont imputables aux déséquilibres structurels qu'il faudra non pas des mois, mais des années pour résorber. Comme aux États-Unis, la faiblesse des chiffres de l'emploi et de la croissance de la production aggravera les déficits budgétaires des Européens et des Japonais."
Le rapport signale en outre que l'affaiblissement de la demande intérieure dans les grands pays développés va freiner le rythme de croissance en Chine, en Inde, en Russie, au Brésil et dans d'autres pays émergents. Toutefois, certains effets compensatoires seront offerts à mesure que, poussés par les coûts, les ménages et entreprises nord-américains et européens se tourneront vers des importations à plus bas prix.
Partant, le grand fossé qui sépare les pays traditionnels et les pays émergents en matière de rendement risque de se creuser à mesure que la croissance mondiale fléchit. Au cours des cinq dernières années, la Chine a connu une expansion moyenne plus de quatre fois plus rapide que celle du G7; cela dit, même si la croissance devait perdre deux points de pourcentage l'année prochaine, pour s'établir à 9 %, les multiples de croissance bondiront à 6:1. L'Inde et la Russie devraient afficher des taux de croissance au moins quatre fois supérieurs au taux moyen des pays du G7; de nombreux pays d'Amérique latine et d'Europe de l'Est devraient, quant à eux, également enregistrer d'excellentes performances, quoique légèrement plus modérées.
Perspectives canadiennes
Au Canada, la croissance est freinée par la faiblesse de la demande aux États-Unis, le retour à la parité entre le huard et le billet vert, et les prix exceptionnellement élevés du pétrole et du gaz naturel. Tandis que ces facteurs assombrissent les perspectives de nombreuses industries manufacturières et d'autres axées sur la mondialisation, comme celle du tourisme, le secteur automobile s'est retrouvé au c?ur de ces ajustements.
"Il convient de ramener les ajustements difficiles que subit actuellement l'industrie canadienne à de justes proportions. En effet, depuis le début de la décennie, le nombre d'emplois manufacturiers a diminué de 11 % au Canada, à savoir moitié moins qu'aux États-Unis, où la baisse atteint 22 %, a indiqué M. Jestin. Dans la zone euro, le nombre d'emplois manufacturiers a chuté de près de 25 %, depuis 1990."
Le rapport souligne que la diminution des exportations du secteur manufacturier canadien a été amortie par une augmentation rapide des recettes tirées des produits de base, qui représentent désormais la moitié de la valeur des exportations de marchandises. L'année dernière, l'excédent commercial des produits de base a totalisé 117 G$ au Canada, soit presque une fois et demi le total des déficits composés d'autres catégories commerciales. La hausse spectaculaire des ventes de produits de base a également coïncidé avec la baisse de la dépendance du Canada à l'égard des marchés américains, qui, cette année, absorberont environ 77 % des exportations canadiennes, comparativement à un sommet de 84 %, il y a tout juste cinq ans.
Contrairement aux ménages américains, qui sont devenus de plus en plus tributaires des emprunts garantis par l'avoir propre foncier pour soutenir leurs dépenses, les Canadiens, au cours des dix dernières années, ont eu tendance à se constituer des capitaux propres avec l'achat d'une résidence. L'augmentation du nombre de ménages à risque plus élevé qui a fini par précipiter la crise des prêts hypothécaires à risque et le resserrement des conditions de crédit ne s'est pas reproduite de ce côté-ci de la frontière. Même si la construction de résidences a reculé d'environ 10 % au Canada par rapport au sommet atteint il y a deux ans, et bien que les ventes et les prix baissent probablement au cours de l'année prochaine, le ralentissement de l'activité du secteur résidentiel ne pèsera pas autant sur la croissance générale.
La place fortuite du Canada parmi les grands producteurs de produits de base, son avantage stratégique au chapitre des finances publiques et la prudence traditionnelle des ménages canadiens ont contribué à protéger l'activité nationale de la tempête économique qui s'apprête à toucher les États-Unis, a affirmé M. Jestin. En 2008, la croissance de la production canadienne ne dépassera probablement pas celle des États-Unis, les fluctuations des stocks et les perturbations météorologiques ayant provoqué une petite contraction de ce côté de la frontière au début de l'année, et les importantes mesures de relance budgétaire étant en train d'augmenter temporairement la demande aux États-Unis. Les ajustements difficiles infligés au secteur automobile devraient également poser un important défi aux deux pays."
Perspectives des marchés financiers
Le fléchissement de la demande aux États-Unis, en Europe et au Japon, combiné à la hausse pluriannuelle des taux d'inflation des produits de consommation enregistrés, illustre la forte incidence que la demande en produits de base des marchés émergents exerce sur les tendances économiques mondiales. Même si la poussée inflationniste provoquée par les produits de base s'essoufflait dans les mois à venir, les prix de nombreux produits énergétiques, industriels et agricoles seraient soutenus par la demande robuste de puissances telles que la Chine, l'Inde, la Russie et le Brésil.
"Dans une perspective d'avenir, la stagnation de la croissance européenne devrait empêcher la Banque centrale européenne (BCE) de majorer son taux d'intérêt et encouragera probablement la Banque d'Angleterre à abaisser son taux directeur d'ici la fin de l'année, a soutenu M. Jestin. Aux États-Unis, les risques pesant sur la croissance et la stabilité des marchés des capitaux devraient susciter des préoccupations concernant l'inflation, d'autant que la Réserve fédérale a tendance à privilégier une nouvelle baisse des taux d'intérêt au cours de l'hiver. Les taux d'inflation étant plus faibles de ce côté-ci de la frontière, le marché de l'habitation entrant dans une phase de marasme et les volumes d'exportation diminuant, la Banque du Canada en fera assurément autant."
Le dollar canadien a été relativement stable au cours des derniers mois, se rapprochant de la parité par rapport au dollar américain, et ce, malgré la montée en flèche des prix des produits de base et l'inquiétude marquée concernant les perspectives économiques et financières des États-Unis. Même si la trajectoire de descente du huard risque d'être agitée par le ralentissement de la croissance nationale et internationale dans les mois à venir, la position enviable du Canada, pays riche en ressources dans un monde qui en manque, et les revenus y afférents qui soutiennent les doubles excédents commerciaux et budgétaires exercent un effet positif sur la devise et laissent présager une nouvelle appréciation du huard. Dans un contexte de volatilité et de faiblesse du dollar américain, le dollar canadien devrait afficher une tendance à la hausse et, en moyenne, dépasser la parité en 2009.
Les Perspectives mondiales et d'autres publications d'Études économiques Scotia sont offertes à l'adresse www.banquescotia.com et sur Bloomberg avec SCOE.
Études économiques Scotia propose à sa clientèle une analyse approfondie des facteurs qui façonnent l'avenir du Canada et de l'économie mondiale, notamment l'évolution macroéconomique, les tendances des marchés de change et des capitaux, le rendement des produits de base et de l'industrie, ainsi que les enjeux relatifs aux politiques monétaires, budgétaires et gouvernementales.
Contact:
Warren Jestin économiste en chef Banque Scotia (416) 866-6136
Paula Cufre relations publiques Banque Scotia (416) 933-1093
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Sujets:
Sondages, Opinions et Recheches Économie
Communiqué envoyé le 2008-07-21 09:43:00 et diffusé par:
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