Le Lézard

Les nouveaux enjeux agroalimentaires : Il faut pousser la réflexion plus loin



QUÉBEC, le 16 mai /CNW/ -- QUÉBEC, le 16 mai /CNW Telbec/ - "Qu'il s'agisse d'inspection, de salubrité, d'innocuité, de traçabilité, d'appellations réservées ou d'étiquetage, les nouveaux enjeux alimentaires soulèvent bien des questions. En effet, comment concilier les attentes des consommateurs, toujours à la recherche des produits les moins chers, avec celles des citoyens, de plus en plus préoccupés par l'origine, la qualité et les modes de production des aliments? La réponse n'appartient pas aux seuls agriculteurs : elle nous interpelle collectivement."

C'est en ces termes que s'est exprimé le président de l'Union des producteurs agricoles (UPA), M. Laurent Pellerin, devant les membres de la Commission de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation réunis aujourd'hui pour entendre des représentants du secteur agroalimentaire commenter le rapport de la Commission sur les nouveaux enjeux de la sécurité alimentaire du Québec.

D'entrée de jeu, M. Pellerin a souligné que l'UPA souscrit, dans l'ensemble, aux recommandations proposées par la Commission, notamment en ce qui concerne les appellations réservées, le principe de réciprocité quant à l'harmonisation des systèmes entourant la sécurité des aliments, et l'étiquetage des OGM.

Tout d'abord, en ce qui touche les appellations réservées, il faut savoir que depuis le dépôt du mémoire, le gouvernement a adopté une loi qui met fin à des années de tergiversation et semble rallier tous les intervenants de la chaîne. Quant à l'étiquetage des OGM, il nous apparaît comme un droit fondamental des consommateurs d'avoir accès à des renseignements sur la nature des produits qu'ils achètent et, par conséquent, d'exercer leur libre choix. Cependant, avant de s'engager dans un processus d'étiquetage obligatoire, certaines questions doivent être soulevées : comment définirons-nous un OGM alors que les méthodes diffèrent d'un bout à l'autre de la planète? Comment les détecter? Les retracer? Quel impact une réglementation strictement québécoise aura-t-elle sur la compétitivité de notre industrie?

Pour M. Pellerin, "nous avons confiance en l'efficacité du système actuel pour protéger la santé de nos citoyens, et nous reconnaissons que les propositions présentées dans le rapport permettront de consolider les acquis et de satisfaire aux attentes grandissantes des consommateurs quant à la salubrité et à la qualité des aliments. Cependant, certaines des suggestions, ou leur concrétisation, soulèvent une part d'interrogations et interpellent l'ensemble de la société."

Dans un contexte de mondialisation, le maintien d'un secteur agricole viable pouvant s'adapter aux nouveaux enjeux de l'agroalimentaire est tributaire de la mise en place d'un soutien technique et financier adéquat. "Il nous apparaît clair que, s'il veut appliquer les recommandations de la Commission, le gouvernement doit s'assurer de mettre en place un plan de financement adéquat qui interpelle l'ensemble des intervenants de la chaîne. Or, ce qu'on a vécu en agroenvironnement, où les programmes annoncés n'ont pas livré toutes leurs promesses, n'a rien de rassurant pour l'avenir. Au cours des dernières années, les producteurs ont assumé plus que leur part des coûts associés à une réglementation de plus en plus exigeante, sans en obtenir de retombées. Cette situation doit changer. Les producteurs n'ont plus de marge, leur part dans le prix payé par les consommateurs ne cesse de diminuer", de poursuivre le président de l'UPA.

L'UPA croit qu'il faut s'orienter vers une réflexion collective sur le type d'agriculture à privilégier et le type de réseau de commercialisation que nous souhaitons, ce qui n'a pas encore été fait à ce jour. Il est du ressort de l'État d'ouvrir les portes sur un tel débat, qui se doit d'être neutre et éclairé de même qu'étranger aux réponses toutes faites, avant que le gouvernement ne s'engage plus avant sur l'avenue des nouveaux enjeux agroalimentaires. Un débat qui devra également prendre appui sur les quatre grands piliers qui ont fait la spécificité de notre agroalimentaire : l'État, le secteur privé, la coopération et le syndicalisme agricole.

"Souhaitons-nous maintenir une agriculture locale, basée sur des entreprises où vivent l'exploitant et sa famille? L'État est-il prêt à soutenir ses exigences en matière de qualité, de traçabilité et d'environnement? Quel type d'agriculture notre société veut-elle pour demain et quels moyens est-elle prête à lui accorder pour assurer sa survie et son développement? Voilà un exercice de réflexion que le gouvernement du Québec pourrait mener avec leadership, au grand bénéfice de tous", de conclure le président de l'UPA.


Communiqué envoyé le 16 mai 2006 à 15:00 et diffusé par :